« Nous avons vécu l’enfer ». Plus de 36 heures après, l’émotion est encore forte dans la voix de celui qui avait la responsabilité de conduire la délégation à Ouanaminthe, Alexis Pierre Paul. « Les joueurs du Baltimore FC sont encore sous le choc. Nous avions projeté de reprendre les entraînements ce mardi après-midi, mais, ce matin, tous les joueurs souffrent de diarrhée, suite aux émotions de dimanche soir. Moi qui ne me croyais pas trop atteint, j’en souffre aussi », continue M. Alexis Pierre Paul, administrateur du club.
D'abord la tristesse, et puis l'enfer
« Nous revenions de Ouanaminthe où nous avions été battus 0-1. Aussi le voyage se déroulait dans un silence de cimetière, car personne n’avait le goût à la plaisanterie ni à l’ambiance. Quand nous sommes arrivés au morne Puilboreau, nous avions observé un barrage érigé à l’aide de deux camions stationnés en travers sur la route. Le chauffeur a dû freiner et immédiatement notre bus s’est trouvé entouré d’hommes lourdement armés qui ont sommé le chauffeur d’éteindre ses phares et d’arrêter le moteur.»
«Ils sont entrés dans le bus et nous ont dit : « Nous ne sommes pas des violents. Nous ne faisons qu’exiger du CEP les résultats du scrutin à la députation pour la circonscription de Plaisance. Nous avons notre député qui a remporté les élections, mais le CEP tarde encore à officialiser les résultats », rapporte l’ingénieur.
« Nous sommes une délégation de footballeurs qui vient de disputer une rencontre de football à Ouanaminthe, ai-je répliqué», dit l’ingénieur.
«Qu’avons-nous à foutre de ta délégation de football? Éteignez les téléphones, nous allons les ramasser. J’ai pensé leur donner mon téléphone Natcom et j’ai éteint mon Digicel et j’en ai enlevé la batterie. Ils ont pris les téléphones et nous ont contraints de descendre et de nous coucher face contre terre"
Un SOS salvateur
"Nous pensions que nous allions tous mourir et je me disais que je ne pouvais pas mourir sans au moins alerter les autres. Alors que j’étais au sol et qu'ils s'affairaient sur les autres véhicules, j’ai rallumé mon téléphone Digicel sous le sac à dos d’un joueur et j’ai envoyé un SOS sur le groupe WhatsApp du Baltimore pour dire ce que nous vivions. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Pendant ce temps, ils ont mis le feu à notre bus et nous ont laissés par terre pendant qu’ils continuaient de s’acharner sur les autres véhicules qui arrivaient. D’autres personnes étaient couchées par terre près de nous. Environ une heure après, nous avons entendu des bruits différents de ceux des armes qu’utilisaient nos agresseurs. Nous croyons qu’ils commençaient à exécuter des gens et que notre tour de mourir s’approchait. Mais c’est à ce moment que nous avons entendu un policier dire : « Où sont les joueurs qui sont en difficulté ?» et nous avons compris que nous étions libérés. Nous avons été accompagnés pour faire un long parcours à pied et attendre jusque dans la matinée pour trouver place sur le toit d’un bus pour nous rendre à Saint-Marc », continue M. Pierre Paul.
Des coups et des pertes
« L’entraîneur David Télémaque ainsi que son adjoint n’ont pas été frappés contrairement à ce que l’on prétend. Par contre, il a eu une arme braquée sur lui pour avoir été réticent à donner son téléphone. On n’a pas eu le mien parce que, par chance, ils ont oublié de me le demander ainsi qu’à une dame qui se trouvait dans la même rangée que moi, c’est ce qui m’a valu la chance de pouvoir donner l’alerte », a-t-il continué.
"Seul le chauffeur Nesly a reçu un coup de crosse à la tête, puis a été dépouillé de tout ce qu’il portait sur lui, y compris ses tennis. Nous, nous avons perdu téléphones, deux jeux d’équipements puisque nous jouions à l’extérieur et qu’il nous fallait prendre nos précautions, les chasubles, les ballons. Le bus qui appartient à un fan du FC Tempête qui l’avait mis à notre disposition comme il le fait quand FC Tempête joue en déplacement n’est plus qu’un tas de ferraille », déplore le chef de délégation.
« Nous ne pourrons pas jouer dimanche et sans un accompagnement de l’Etat, nous ne savons pas ce qu’il adviendra. Nous avons écrit au bureau fédéral mais aussi nous pensons écrire à la Concacaf et à la Fifa pour leur soumettre notre situation », conclut l’administrateur du club.
Fondé le 1er août 1974, le Baltimore, dénommé « 4X4 », est quatre fois champion national (2005, 2006, 2007 et 2011), 2 fois vainqueur de la Super-8 dénommée encore Coupe Digicel, une fois superchampion national et une fois ½ finaliste des clubs champions caribéens.
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