Marie Yolène Gilles claque la porte du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH ». « Oui, j’ai démissionné », a-t-elle confié au journal, en fin d’après-midi, le mardi 4 avril 2017. « Je donne une conférence de presse demain à 10 heures 30, au local de Fanm Vayan, # 5, rue Duncombe », a répondu Marie Yolène Gilles, responsable de programme au RNDDH.
En milieu de soirée, le journal a pu lire la teneur de la lettre de démission de Marie Yolène Gilles. « Les rumeurs de corruption qui se sont révélées vraies entachent irréparablement l’image de l’institution, réduisant ainsi à néant cette autorité morale que nous avions su gagner au prix fort », a écrit Marie Yolène Gilles, qui a dénoncé « l’outrecuidance » de Pierre Espérance qui est allé « jusqu’à accepter d’une institution étatique en l’occurrence, le Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), au moins un chèque de un million cinq cent mille gourdes (1 500 000 gourdes). « Pire encore, vous aviez poussé votre perfidie à l’extrême en envoyant une correspondance le 20 février 2017 au directeur du BMPAD sollicitant des informations.
Pourtant, vous aviez personnellement reçu le chèque et même signé l’accusé de réception », a écrit Marie Yolène Gilles, soulignant que le 17 février 2017, face aux interrogations de trois (3) membres du RNDDH, Pierre Espérance « aviez laissé croire que l’histoire du chèque du BMPAD est totalement sans fondement ». « Je ne saurais me faire complice de vos agissements ni non plus jeter ma crédibilité et mon honnêteté à la poubelle de votre irresponsabilité. Une institution qui fait de la moralité et de l’éthique son cheval de bataille doit être au-dessus de tout soupçon. Pourtant, vous aviez sollicité et/ ou accepté des subventions que vous auriez dû refuser », a reproché Marie Yolène Gilles .
Marie Yolène Gilles n’a pas apprécié la réception de recharge accordée par la Digicel,« une compagnie de téléphonie privée, dit-elle, récemment pointée du doigt pour tentative d’influencer les résultats des dernières élections ».
De plus, comment le RNDDH pourrait-il continuer à demander à des entreprises ou à des organisations de se mettre en règle avec le fisc, quand vous aviez choisi depuis trois ans de ne pas payer les redevances fiscales à la Direction générale des impôts (DGI) et de ne pas honorer vos engagements envers l’Office d’assurance vieillesse (ONA) ? Alors qu’un prélèvement est effectué régulièrement sur nos rémunérations.
Le directeur exécutif du RNDDH, Pierre Espérance, a confirmé avoir reçu en début d’après-midi la lettre de démission de Mme Gilles. Pierre Espérance a confié au journal qu’il n’était pas en Haïti à la date de la réception du chèque en question au RNDDH. Le directeur exécutif a également indiqué qu’il ne ferait aucune polémique avec Marie Yolène Gilles qui a rendu beaucoup de services au RNDDH.
Dans sa lettre, Marie Yolène a assimilé à la corruption l’acceptation d’une subvention de 1,5 million de gourdes du Bureau de monétisation de programmes d'aide au développement (BMPAH). Elle a dénoncé le fait que le RNDDH a accepté que la Digicel recharge les téléphones des membres de l’organisation, y compris elle-même, depuis environ deux ans. Elle dénonce le retard de paiement d’impôts sur le revenu et de cotisation respectivement envers la DGI et l’ONA pour les employés du RNDDH, a expliqué Pierre Espérance.
Selon Pierre Espérance, recevoir cette subvention n’est pas de la corruption. « Il n’y a pas de corruption au sein du RNDDH. Notre statut nous permet de rechercher des fonds auprès d’institutions nationales et internationales. Le statut n’a pas précisé l’Etat mais ne l’a pas exclu non plus », a indiqué Pierre Espérance, soulignant que depuis 2008, avec le retour au pouvoir de régime de droite dans certains pays dans le monde, les subventions disponibles de beaucoup d’organisations internationales ont tari. Cela a affecté le RNDDH. « Tout ce qu’elle dit dans la lettre a du sens. Elle assimile la subvention du BMPAD à la corruption. Je ne comprends pas cette lecture. Nous sommes une organisation à but non lucratif qui n’a pas de fonds propres.
Si l’on ne nous subventionne pas, nous ne pourrons pas faire notre travail », a insisté Pierre Espérance. « J’ai expliqué dans quelle circonstance on a reçu des subventions. Ce ne sont pas des dessous de table. La subvention en question est entrée à l’institution », a répondu Pierre Espérance, interrogé sur la crédibilité du RNDDH à cause de cette question de subvention. Recevoir de l’argent n’implique pas le silence. « En ce sens, nous n’avons aucune contrainte par rapport à ces subventions », a indiqué Pierre Espérance. « Oui, il y a des retards dans le paiement de l’ONA et de la DGI. Nous avons commencé à régulariser ces dossiers avec les institutions concernées. Cela avance très bien », a indiqué Pierre Espérance, qui souligne que ce n’est pas l’argent qui a été reçu de la Digicel mais des cartes de recharge.
« La démission de Lèlène est un choix personnel que je respecte», a indiqué Pierre Espérance.
Le RNDDH, à travers ses rapports et ses dénonciations, a mis en lumière des affaires embarrassantes pour des particuliers et des responsables politiques. Pour certains, l’organisation se trouve dans une situation pour le moins embarrassante.
Entre-temps, la commission Ethique et Anticorruption de la Chambre des députés invite le ministre de l’Economie et des Finances Jude Alix Patrick Salomon et le directeur général du BMPAD Patrick Norame à une réunion de travail à la salle des commissions, le jeudi 6 avril 2017, « sur tous les contrats conclus par le BMPAD et les subventions accordées ».
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