Par Pierre-Raymond DUMAS
‘‘Neg bannann’’ qui a fait des promesses les unes plus mirobolantes que les autres fait face désormais aux réalités du pouvoir. Les dures réalités du pouvoir ! La bouillie sera-t-elle conforme dans cinq ans ? A vue d’œil, on a l’impression que la nouvelle équipe, empêtrée dans un tourbillon de déficiences étatiques, a du mal à décoller, encore plus à susciter enthousiasme et optimisme. Car les bons sentiments ne suffisent pas, pour gouverner. Un pouvoir de propagande et d’effets d’annonce, sans base sociale ni grands moyens, ouvre la porte à des déceptions rageuses. Ce n’est pas une nouvelle. On l’a vu avec Titid, ensuite avec le chanteur-président Martelly. Que n’annonçait-on pas, alors !
La gestion gouvernementale après le marathon électoral victorieux. C’est le but. C’est le problème. Evidemment ! Après tant de promesses, il faut agir, il faut des actions concrètes, des décisions. Mais Rien n’est facile pour le gouvernement Moïse-Lafontant sur qui pèse désormais la «malédiction» de l’après-Matthew. C’est le moins qu’on puisse dire. Il faudrait évoquer la nature composite de ce gouvernement dont la plupart des membres sont novices et étrangers aux affaires publiques. Comme l’inexpérience chasse la méthode, les moins bons les technocrates, l’improvisation la culture de résultat. N’importe quoi !
Il faudrait évoquer l’affaiblissement matériel, objectif, mesurable d’Haïti en termes de ressources financières palpables à travers la dégringolade effrénée de la gourde. Avec un serpent de mer pareil, il ne s’agit pas d’entreprendre des mesures de saupoudrage mais d’innover – comme nos voisins l’ont fait. Il faudrait évoquer l’abaissement de l’Etat et de l’idée d’Etat dans cette République parlementaire si décriée (improductive, budgétivore et corrompue). Comme on le voit, le président Jovenel Moïse et son équipe dont l’état de grâce fait râler l’opposition ont du pain sur la planche. Et malheureusement les réalités du pouvoir escamotent d’habitude les promesses électorales. Ce déphasage entre les promesses électorales et l'exercice du pouvoir explique le porte-à-faux des gouvernants et des électeurs. Les lavalassiens en savent long. Effets d’usure, mais aussi désenchantement et lassitude. Coup de séduction manqué. Cette Haïti qui ne vote plus, attend, boude et ne s’engage plus, c’est aussi une Haïti moins aveugle, plus conscientisée.
Est-ce le tour du mouvement tèt kale ? Un échec de Jovenel Moïse, n’est-ce pas bien attendu, compte tenu de l’immensité des problèmes nationaux (la faiblesse, l’impréparation des forces de police en est l’un des tout premiers), du caractère inconstant et belliqueux des acteurs politiques, de la fragilité de nos institutions ? Songez à la tâche immonde – pardon immense – qui l’attend pour conjurer les périls de l’heure : les appétits parlementaires, la situation socio-économique dans ses composites monétaire et alimentaire, le désengagement programmé de la MINUSTAH… Comment échapper à cette question ? Il n’est pas trop tôt de se la poser, lorsqu’on se réfère au modèle de gouvernance et aux profils des décideurs. On peut relever tout de même de larges traits.
Fini le temps des discours électoraux ! L’action constructive est la vertu première des gouvernements, comme l’échec est la rançon des promesses non tenues. Point indiscutable.
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