Les recettes pétrolières collectées par l’Etat ont chuté considérablement, passant de 900 millions à moins de 30 millions de gourdes par mois. Si cela représente un « gros sacrifice fait par l’Etat, par la collectivité », l’ajustement, « sans aucun doute » incontournable, est « un processus très difficile » avec un « coût politique » évident, a confié au journal l’économiste Pierre-Marie Boisson, mercredi 10 mai 2017. La difficulté de l’ajustement est imputable au premier chef à l’État, à son exécution du prix administré des produits pétroliers. Il ne tient pas compte des fluctuations du marché, a-t-il souligné. Si l’Etat administrait le prix en fonction des fluctuations du marché, il n’y aurait pas ce grand bond. Cela serait moins pénalisant politiquement, a expliqué Pierre-Marie Boisson. L’Etat a attendu trop longtemps. Le taux de change a augmenté, les prix du pétrole ont d’abord baissé puis augmenté. On est dans une situation où l’on est obligé de faire un grand ajustement. « Cela devient très difficile », a souligné l’économiste. L’État administre les prix. Il n’est ni le fournisseur, ni distributeur de produits pétroliers. Il intervient et se sert de ses propres taxes comme élastique, comme stabilisateur ou comme « choc absorbeur ». Ce faisant, il perd ses recettes et à un certain moment même distribue de l’argent à un secteur parce qu’il a décidé que les prix doivent être administrés alors qu’ils auraient pu refléter la réalité des coûts, a détaillé l’économiste Pierre-Marie Boisson, qui souligne que c’est un « choix politique » fait par les différents responsables politiques ces dernières années.« J’aurais souhaité que les lois prises à ce niveau aient été respectées dans le passé pour que l’on n’ait pas à faire des bons spectaculaires. Pour moi, les prix du pétrole ne devraient pas être aussi loin de la réalité. Chaque fois qu’il y a des ajustements, ils viennent après tellement d’années d’anomalie », a-t-il insisté. Ces derniers temps, l’Etat, dans la dèche, sans explorer dans d’autres champs taxables, sans montrer dans les faits la rationalité budgétaire annoncée par l’administration Moïse/Lafontant projetterait de faire des ajustements conséquents sur les prix de la gazoline, du diesel, du kérosène au grand dam de certains syndicalistes qui grognent, a-t-on observé. Les recettes pétrolières de l’État Haïtien ont considérablement baissé. Pour les six premiers mois de l’exercice d’octobre 2016 à mars 2017, ces recettes ont été de l’ordre de 658,463,637.19 gourdes. Ces recettes semestrielles sont par exemple en deçà des rentrées d’un seul mois, octobre 2015, soit 827,882,922.22 gourdes, selon des données statistiques de l’Administration générale des douanes auxquels le journal a eu accès. La saignée est importante au point que pour les mois de février et mars 2017, les recettes pétrolières sont respectivement de 28,895,736.38 gourdes et 22,618,518.19 gourdes. Pour ces mêmes mois, en 2016, en février les recettes pétrolières étaient de 963,424,730.00 et de 850,767,727.00 gourdes. « La situation, au bout du compte, est intenable pour le Trésor », avait confié, off the record, une source au ministère de l’Économie et des Finances. Avant cette période difficile, chaque mois, les recettes pétrolières étaient entre 900 000 000 et 1 000, 000,000 de gourdes et plus. Ces recettes représentaient autour de 1/6 des ressources internes du budget de la République avant ces temps de difficultés. Entre le début de l’administration Martelly, le change est passé de 40 à 42 gourdes pour 1 dollar à 70 gourdes pour un dollar et après une période de baisse, le cours du pétrole s’est quelque peu apprécié sur le marché international. Le non-ajustement à la hausse de prix à la pompe est une forme de subvention donnée par l’Etat aux consommateurs. Grosso modo, l’Etat subventionne à hauteur de 75 gourdes chaque consommateur qui achète un gallon d’essence. Ce ne sont pas les malheureux qui bénéficient de cette subvention, avait soutenu cette source. « Il faut faire en sorte de mitiger le coût du transport pour les couches défavorisées », avait-elle indiqué. Le statu quo, susceptible de creuser encore plus de déficit budgétaire, aura des « effets terriblement inflationnistes », avait-elle souligné. Roberson Alphonse