« C’est un rêve devenu réalité. Nous avons parcouru beaucoup de chemin ! », tels sont les premiers mots qu’Albert Chancy nous lance. Avec une teinte de nostalgie dans la voix, le PDG de Radio/Télé Superstar évoque sa jeunesse et ses débuts dans le monde de la radiodiffusion. « Pendant mes études universitaires au Québec, je passais mon temps libre dans les stations de radio. En tant que musicien, je côtoyais les hommes de radio et fréquentais les studios d’enregistrement. C’est de là que m’est venue l’idée de créer une station de radio », se rappelle-t-il. De retour au bercail, il a effectivement mis sur pied Radio Superstar, « parce que Pétion-Ville avait donné beaucoup de stars » et qu’il fallait bien leur offrir un podium. Il y avait aussi beaucoup de problèmes politiques à l’époque. « Les gens avaient besoin de nouvelles choses. C’est pour ça qu’on a voulu faire une radio différente », insiste-t-il pour expliquer la naissance de la radio musique, une station de radio sur la bande FM qui accorderait une place de choix à la musique haïtienne dans sa programmation qui ne comportait d’ailleurs que de la musique. Pendant les 30 années qui ont suivi, la radio a fait son petit bonhomme de chemin. En cours de route, elle a été rejointe par la télé Superstar. « Les deux se complètent », affirme Albert Chancy. Bien que le format de la radio ait quelque peu changé au fil des ans, la musique continue à occuper une place de choix sur les ondes du 102.9 FM. Les animateurs des rares émissions qui y passent tentent de limiter leur parler le plus possible. La télé, par contre, offre un programme plus diversifié, comportant différentes émissions, dont une émission de nouvelles. Avec les nouveaux plateaux dont elle a été dotée, la télévision devrait pouvoir, dans un futur proche, offrir un plus grand choix aux téléspectateurs, l’objectif étant de toujours fournir un produit de qualité, comparable à ce que l’on pourrait trouver sur les meilleures chaînes étrangères. « Il ne s’agit pas seulement de faire marcher un business. Il faut aussi s’assurer de faire une radio/télévision potable pouvant servir à améliorer l’image du pays », précise l’entrepreneur. Parallèlement, toujours dans le souci de maintenir la compagnie à un niveau compétitif, le propriétaire s’assure de la garder à la pointe de la technologie. « Superstar est prête pour le virage au numérique. » Le visage ouvert, un brin de satisfaction dans la voix, Albert Chancy l’affirme. Dans les locaux flambant neufs de la station de Delmas 72, des équipements dernier cri sont mis à la disposition de la trentaine d’employés qui s’y activent. Le PDG reste toutefois conscient du challenge que comporte cette mutation vers le numérique. « Ce projet coûtera des milliers de dollars à l’État haïtien. Après tout, si les chaînes de télévision passent au numérique, il faudra aussi que la population aient des téléviseurs susceptibles de recevoir leurs programmations », avance l’homme de médias. Selon les dires d’Albert Chancy, le succès de Superstar est d’abord bâti sur la discipline. La maintenance, l’organisation, la documentation, sont des incontournables. « Oui, il m’arrive aussi d’improviser. Mais il s’agit alors d’une improvisation organisée, empreinte de logique », explique-t-il. C’est ce qui a permis à Radio Superstar de tenir bon au cours de ses 30 ans d’existence, même quand les choses n’ont pas toujours été roses. Le propriétaire de la station cite l’embargo et le tremblement de terre du 12 janvier 2010 comme deux événements qui ont vraiment secoué son business. Mais ces deux solides frappes n’ont pas réussi à ébranler la détermination de l’homme à toujours aller de l’avant. « Il y aura toujours des obstacles. Comme je suis un type qui cherche toujours des solutions, les obstacles peuvent venir. J’arriverai toujours à leur faire face », martèle Albert Chancy qui dit travailler de sorte que la station puisse marcher avec toujours autant de succès pendant des années avec ou sans lui.