C’est un rituel. À chaque édition, le petit monde du livre « casse » rendez-vous. Pour un cocktail, pour dire « onè respè» à l’un des leurs, érigé en modèle. Le réceptacle, cette année, est le restaurant des Jardins du Mupanah, le gardien de notre histoire, socle de notre mémoire collective. Entre les murs de verre de ce restaurant, le cru de la 23e édition se bonifie, avant d’être livré au public. Il est un beau mélange d’ex-président, de ministres, de romanciers, d’essayistes, de poètes, de dramaturges de tous âges. Mûs par une passion commune, l’écriture, ils sont au carrefour de plusieurs besoins dont celui de raconter l’histoire immédiate, de théoriser ou de faire rêver les yeux grands ouverts.
Entourés des organisateurs, des éditeurs et des artisans de la chaîne du livre, ces écrivains discutent, accordent des interviews. Makendy Orcel, l’auteur de « L’ombre animale » (Prix littérature-Monde et Prix Louis-Guilloux), est là. Entre deux verres de vin blanc et une blague avec un jeune ami portant comme lui des « dread locks », cet invité d’honneur, enfant des ghettos de Martissant sauvé par le livre, est figé, comme d’autres, à l’entrée d’Odette Roy Fombrum, l’autre invitée d’honneur de la 23 édition de Livres en folie. Robe longue, collier, la dame prend son temps, au pas de la porte.
Avec vivacité, grâce et simplicité, elle avance et prend place, habitée par une émotion contenue. « Je suis très émue », confie finalement Odette Roy Fombrum, quelques dizaines de minutes après. Sa reconnaissance envers Max Chauvet et Frantz Duval, respectivement directeur général et rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste, organisateur de Livres en Folie avec la Unibank, elle l’exprime. Ces deux hommes, deux « piliers », « m’ont encouragée ». Elle étend ses « mercis » à tous ceux qui l’ont supportée hier, aujourd’hui et qui la supportrait demain. Demain, le jour de ses 100 ans, elle l’attend, comme elle attend, nombreux, le public dans les Jardins du Mupanah, les jeudi 15 et vendredi 16 juin.
« Je suis très fier d’être avec elle, invité d’honneur », indique pour sa Makendy Orcel, élogieux à l’égard de la « grosse machine Livres en folie » qui œuvre depuis 23 ans à l’accès à la culture. Agé de 10 ans lors de la première édition de cette foire du livre, Makendy Orcel a demarré sa carrière en 2007 et glané prix et distinctions à l’étranger. La reconnaissance de l’alma mater, pour celui qui a tout abandonné pour le métier d’écrivain, a un gout particulier. Elle est révélatrice.
Si pour Makendy Orcel, le statut d’invité d’honneur est une forme de consécration, pour lui, dans son pays, Max E Chauvet, parle d’un tournant franchi par cette 23 édition de livres en Folie. « Une nouvelle génération d’écrivains est en train d’émerger », soutient Max Chauvet, encouragé par l’effort en continu des auteurs de transmettre des connaissances, des émotions en continu. Pour s’assurer que tout se passe bien, alors que des troubles à l’ordre public sont signalés dans les parages de la faculté d’Ethnologie, Max Chauvet, souligne que « des mesures sont prises pour sécuriser l’aire du Champs de Mars ».
La circulation, la sécurisation du parking sont effectuées, insiste le directeur général du journal Le Nouvelliste. Avec Le Nouvelliste, la Unibank, était là tout au début. Quand il n’y avait que quatre auteurs en signature sur la cour du complexe La Promenade à Pétion-Ville, se rappelle Adrien Castera, l’un des membres du conseil d’administration de la UNIBANK. Dans ce cadre idyllique, cette édition sera exceptionnelle, prévoit le banquier sous les yeux de Frantz Duval, l’une des pièces maîtresses de Livres en folie qui n’a de cesse de remercier les partenaires qui ont permis que l’événement soit un succès d’année en année.
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