Au moins, il avait commencé à suivre des cours de théologie ! Quelle chance, car, depuis 2008, ce jeune batteur ne vit que par et pour la musique, le jazz plus particulièrement. « Je ne fais rien d’autres que de la musique », déclare John Bern. Autodidacte, talentueux et passionné, John Bern est devenu un habitué des grands événements du jazz en Haïti. Une tête que l’on s’attend à voir.
D’ailleurs son absence laisserait plus à penser que sa présence. Certains ont pu le voir au moins une fois au Café Albert, à Kay Atizan, Brasiliero, au Quartier Latin, à l’Habitation Turpin, au restaurant Coin des artistes actuellement Vivano, au Festival international de jazz de Port-au-Prince. Bref, en quelque lieu où le jazz réunit. Il s’est même découvert une mission à laquelle il se dédie corps et âme. « Faire la promotion de la musique jazz en Haïti ». Le travail et les obstacles ne le découragent point. Très assidu, il consacre de longues heures aux répétions pour affiner sa technique et sa musicalité. Membre fondateur de la plateforme « Haïti Jazz Promo » au côté de Ralph Stéphane MOMPEROUSSE, John Bern organise de temps à autres des soirées jazzy afin d’ouvrir la voie aux jeunes talents. Et ce ne sont pas les malfrats qui sabotent les panneaux publicitaires annonçant sa vente-signature pour cette fin de semaine qui vont l’arrêter.
Batteur du groupe String depuis environ quatre ans, de BelO, de Mikaben depuis 2007, ses baguettes accompagnent aussi les performances d’artistes très populaires tels que Emeline Michel, Beethova Obas, James Germain, Rutshelle, Dadou Pasquet ; d’artistes étrangers de passage en Haïti ou de belles promesses qui tardent encore à éclore telles que Tamara Suffren ou les infatigables Joël et Mushi Widmaer, porte-drapeaux de ce genre musical en Haïti. « J’ai eu la chance de collaborer avec la plupart des artistes haïtiens. Qu’ils soient de la nouvelle ou de l’ancienne génération », confie le jazzman sans une once de vanité.
Calme, sauf quand il joue, moment où l’on a souvent l’impression qu’il veut faire voler en éclats les cymbales ou les caisses de sa batterie, tant il déborde d’énergie, d’excitation et d’enthousiasme, John Bern est plutôt réservé. La musique, il l’a dans le sang. Son père, Jean Bernard Thomas, est batteur. C’est d’ailleurs ce dernier qui lui apprend ses premières notes sur cet instrument fétiche. Sa mère chante. Sa sœur est guitariste, tandis que ses frères ont aussi été initiés à la batterie. Influencé par cette famille chrétienne, John Bern commence sa carrière musicale à l’église. À seulement 12 ans, il accompagne le groupe de son père, « La Voix Mystérieuse ». Par la suite, il se produit avec plusieurs groupes et chorales évangéliques tels que Eben Ezer, Agape Théou, Teknon Vox, pour ne citer que ceux-là.
En 2013, John Bern, natif de la Croix-des-Bouquets, a pu représenter Haïti au programme d’échange culturel One Beat organisé par le Département d’État des États-Unis d’Amérique. Il a eu des tournées en Europe ou aux USA, se forme et se construit une belle et bonne réputation. Puis il fonde le John Bern Quintet, qui un peu plus tard se mue en John Bern Thomas Trio, composé de Junior Dorcélus (Guitare) Hermand Duverné (Basse). C’est avec eux qu’il produit son premier album « Mèsi », dont la vente-signature est prévue pour ce 24 juin 2017. « J’ai longtemps caressé ce rêve », avoue le jeune trentenaire.
Cet album semble venir à point nommé. Il ne s’est pas précipité, c’est le moins que l’on puisse dire. Enregistré à New York au mois d’avril dernier, cet opus comporte dix titres. On y retrouve des collaborations signées du pianiste Aaron Goldberg, un des modèles de John Bern, du tambourineur Arus Joseph, des saxophonistes Bennie Wallace et Godwin Louis, du trompettiste Billy Buss, du pianiste Johnson Francois, du bassiste Jonathan Michel, des chanteuses Sarah Jane Rameau et Lucia Di Poix. Des compositions et arrangements de John Bern certes, mais aussi de Eddy Renaud, Mushy Widmaier.
Des morceaux où le jazz, musique universelle, se fusionnent aux rythmes du terroir. « Mèsi » fait un clin d’œil au mythique tambourineur haïtien feu Léonard Fortuné dit Azor à travers « Ti sourit », le second morceau où on a droit à un arrangement jazz-rabòday. Le rabòday, ce rythme très en vogue actuellement. Le troisième morceau est un hommage rendu au président René Préval, décédé en mars dernier. « C’était un de mes grands supporteurs. Je l’ai rencontré en 2007 et, par la suite, je suis devenu très proche de sa famille, de son fils particulièrement. Grand supporteur de l’art, je trouvais normal de lui rendre hommage », nous apprend-il.
« Jou va jou vyen », une de ses compositions, est une invitation à se rappeler de ses origines. « C’est une superbe mélodie qui m’est venue alors que je réfléchissais sur mes origines. Fòk on moun konn vrèman kote w soti e ou konn kote ou prale san ke ou pa janm kite moun dekouraje w », conseille John Bern. On retient aussi deux interprétations d’un morceau de Charlie Parker, à savoir Scrapple from the apple qui revient en deux versions et Confirmation. « La première de Scrapple from the apple est un arrangement purement à l’haïtienne, purement compas. Un compas complexe avec une petite difficulté rythmique. La seconde, une version tambour, batterie, saxophone, une version rara. Sur Confirmation, on retrouve un arrangement congo », nous révèle l'artiste.
« Mèsi » est donc un CD conçu et pensé avec l’intention de satisfaire les amants du jazz mais aussi d’attirer ceux pour qui ce genre musical demeure encore un mystère. C’est aussi une façon pour l‘artiste de remercier tous ceux qui l’ont encouragé et supporté depuis ses débuts. Ce samedi 24 juin, pour cette belle fête, le trio de John bern Thomas sera à Le Villate à Pétion-Ville, pour la vente- signature du disque qui sera suivi d’un concert avec Aaron Goldberg, Sean Jones, Miguel Zenon, Jacques Schwarz-Bart, Tamara Suffren, Arus Joseph, Marc Harold Pierre et Dony Felix.
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