Avec une capacité de production de 180 mégawatt pour desservir une population nécessitant un peu plus de 250 mégawatt d’électricité, l’Electricité d’Haïti a de bonnes raisons pour se larguer dans « la rotation du service », expression que l’actuel directeur de l’institution Hervé Pierre Louis préfère à celui de « black-out » qui sévit dans le pays.
Les raisons expliquant ce fiasco à l’Ed’H sont nombreuses et le directeur n’entend pas garder de secret. Dans son intervention qui pourtant ne se veut pas musclée, le directeur de l’Electricité d’Haïti éclabousse même ses pairs, dirigeant d’autres institutions étatiques en dévoilant que ces institutions ont ensemble accumulé une dette de 5 milliards de gourdes envers l’Ed’H, le fameux cheval de grand-père, comme on le dit dans le milieu rural.
Fort de ce constat, Hervé Pierre Louis crache le résumé de son intervention en déclarant : « Il faut quelque chose de différent, de majeur pour sauver ce secteur ».
Des changements que le directeur conçoit dans une approche programmatique, beaucoup plus globale que les petits projets qui se font de part et d’autre sous prétexte de vouloir aider l’Ed’H à sortir du trou noir. « De tous les projets d’électricité qu’on a implémentés, avec l’aide financière de l’internationale en Haïti pendant ces dernières décennies, seul le projet d’électrification de la ville de Jacmel a eu vraiment un impact digne de ce nom sur le secteur », souligne Hervé Pierre Louis avant de rappeler que tout investissement réalisé dans le réseau sans augmenter la capacité de production de l’ED’H ne servira qu’à fragiliser davantage le système.
Devant la catastrophe de l’ED’H qui tient grâce à la subvention non sans reproche de l’État alors que l’institution a été créée pour être autosuffisante, le député de Kenscoff Alfredo Antoine rappelle que l’État haïtien dépense annuellement 200 millions de dollars américains en guise de support à l’institution perçue désormais comme un rachitique qui ruine l’économie de ses parents. Cette somme, selon Alfredo Antoine, l’ED’H l’utilise pour acheter du courant électrique produit par certaines compagnies afin qu’il le revende, comme un petit détaillant, à une clientèle pas trop motivée à rembourser ses dettes.
Pour sortir de ce bourbier, Hervé Pierre Louis estime qu’il faut aujourd’hui « des investissements, étatiques et privés, massifs dans le secteur énergétique ». Des investissements qu’il ne conçoit pas seulement dans la production du courant électrique, comme c’est le cas aujourd’hui ; mais des investissements pour produire, transporter et commercialiser le courant électrique dans le pays. Vu la désuétude du cadre légal actuel qui ne favorise pas ce genre d’investissements, le directeur de l’ED’H invite les parlementaires à une mise à jour des lois régulant le secteur de l’énergie afin de protéger les investissements.
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