Le Nouvelliste : Est-ce que vous voulez vous présenter aux lecteurs ?
Sébastien Pétion : On m’appelle, comme tout le monde le sait, Sébastien
Pétion. Je viens de Saint-Marc. Je suis né le 26 novembre 1978. Je suis marié et père de trois enfants.
LN : Comment avez-vous fait vos premières armes dans le basket ?
SP : Dès mon plus jeune âge, j’ai joué pour un high-school (USA). Honnêtement, j’ai été parmi les plus brillants de l’école. Cependant, à tort ou à raison, j’ai dû revenir en Haïti. Ainsi, j’ai raté la possibilité de réaliser une grande carrière dans cette discipline. Je me voyais jouer dans la NBA à une certaine époque. Malheureusement, je ne suis pas arrivé à concrétiser mes rêves d'enfant. Toujours est-il que, en Haïti, je reste dans le monde du basket.
LN : Faites-nous part de vos expériences comme joueur en Haïti ?
SP : Auréolé de mon expérience dans le basket aux USA, je n'ai pas lâché prise. Au contraire, dans ma ville natale, en 2005, j’ai pu intégrer les équipes de basket de « No Limit » et de l’ASM. Dans la foulée, pour des raisons liées aux études, j’ai quitté Saint-Marc pour Port-au-Prince. Malgré tout, mon amour pour le basket reste entier. Ainsi, en 2011, lors de la troisième édition du championnat organisé par l’Association hïtienne de basket-ball corporatif (ASHBAC), j’ai intégré l’équipe de basket des produits Bongu.
LN : Justement, entre Bongu et vous, ça a été une longue histoire. N’est-ce pas ?
SP : Vous avez entièrement raison. Si je ne m’abuse pas trop, en 2011, j’ai joué mon premier match, le 26 novembre, pour l’équipe de Bongu face à celle de Digicel. Ce jour-là, nous avons subi la loi de cette grande formation de Digicel qui allait remporter haut la main le championnat. Cela dit, je n’ai pas connu un début positif avec l’équipe de Bongu. Nous avons été éliminés en quart de finale : 86 à 78 lors de la troisième édition. L’année suivante, soit en 2012, contre la machine que représente l’équipe de Digicel, nous avons échoué de peu en finale. Au fait, au terme de la quatrième édition, nous avions terminé vice-champion de l’ASHBAC.
LN : Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
SP : Il y a un vieux dicton : « Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage ». Ainsi, nous avons compris qu’il ne faut pas se laisser décourager. Me basant sur cette logique, en bon capitaine de l’équipe, j’ai dit à mes coéquipiers que nous pouvions, s’ils ont la volonté, écrire une très belle page dans l’histoire du basket corporatif du pays. Notre ambition nous a aidés à atteindre la finale de la cinquième édition de l’ASHBAC en 2013. En face, la pimpante et solide équipe de Diri Mega. Nous avons pu confirmer la forme affichée lors de la saison régulière en l’emportant par trois points d’écart : 73 à 70. Pour être sincère et honnête avec vous, j’ai été très content de soulever le trophée tant convoité par les autres institutions qui participent au championnat de l’ASHBAC.
Nous souhaitions conserver le titre en 2014 lors de la sixième édition. Contre toute attente, nous avons buté sur une très forte équipe de Marché Ti Tony. En dépit du fait que j’ai été désigné MVP de la saison régulière, je ne suis pas arrivé à conduire les miens à la victoire finale. Pour un petit point d’écart, nous avons perdu la finale : 82-81. A dire vrai, ça a été une énorme déception pour moi et pour le reste de l’équipe. Encore contre l’équipe de Marché Ti Tony, lors de la septième édition en 2015, nous avons échoué en demi-finale (92-81). Ainsi, j’ai décidé de me lancer dans le domaine du coaching pour mettre un terme à l’hégémonie de l’équipe d’Anthony Bennet.
LN : Avez-vous déjà suivi un séminaire de formation vous permettant de travailler comme coach de basket ?
SP : (Rires). J’ai eu la chance de participer à maintes reprises, grâce à la Fédération haïtienne de basket-ball (FHB), à des séances de formation pour entraîneurs. Et de plus, il fallait à tout prix mettre un terme à la suprématie de Marché Ti Tony. Quotidiennement, je ne pense qu’à cela. Ainsi, je décide de changer d’air. Au début, on doutait de ma capacité. Cependant, je savais que j'étais un leader naturel. Qui plus est, je suis persuadé que je peux avoir un impact sur le groupe, car les joueurs en question ne sont que d'anciens coéquipiers.
En 2016, lors de ma première année comme coach, j’ai réussi un 8 sur 9 au terme du premier tour. Voyez-vous, j’ai été désigné meilleur coach de la première moitié de la saison. En finale de la huitième édition, contre Diri Mega, nous l’avons emporté 79 à 73. Ainsi, je deviens la première personne ayant remporté la compétition de l’ASHBAC en tant que joueur (2013) puis comme entraîneur (2016).
LN : Et l’équipe de Produits Bongu s’est retirée de l’ASHBAC. Comment expliquez-vous un tel scénario ?
SP : Cette décision a été surprenante pour certaines personnes. Alors, l’équipe de Bongu a été invitée à prendre part à un championnat international au Canada. Le consulat canadien en Haïti a décidé de ne pas accorder de visas à la délégation haïtienne. Vexés et frustrés à la fois, ils ont décidé de tout laisser tomber.
LN : Avec la Natcom, vous venez de confirmer que ce n’était pas un hasard, le titre que vous aviez gagné contre l’équipe de Bongu ?
SP : Disons que oui. Toutefois, pour remporter la neuvième édition de l’ASHBAC, il fallait être en mesure de franchir les obstacles que représentent les équipes de Digicel, de Diri Mega ou encore de SOGEBANK. Avec un groupe très soudé et talentueux, nous avons pu prendre la deuxième place (8 victoires sur 9) de la première moitié de la saison. Sur le fil, la Digicel nous a fait tomber. Contre cette même équipe, en finale disputée en trois matchs, nous avons montré que nous étions la meilleure équipe de la saison en gagnant la finale (2-1). Ainsi, j’ai ajouté un deuxième trophée à mon palmarès d’entraîneur. Après cette victoire, j’ai été aussi désigné : meilleur coach de la finale.
LN : Etes-vous prêt pour un nouveau challenge ?
SP : (Rires). Laissez-moi savourer cette victoire. Il est encore tôt pour prendre une décision. Je dois mettre du temps avant de me fixer.
LN : Certains pensent que vous pouvez aider la FHB en prenant la tête de l’une de ses sélections nationales. Vous répondez quoi au juste ?
SP : Ce serait une très bonne chose. Mais, c’est aux dirigeants de la FHB de décider. Honnêtement, je ne veux pas aller vite en besogne. Si l’occasion se présente, que dois-je faire ? Je n’ai d'autreS choix que celui de tenter ma chance.
Le Nouvelliste : En guise de dernier mot, que dites-vous aux lecteurs ?
Sébastien Pétion : Je vous remercie pour l’interview. Je dis merci à mes joueurs, aux dirigeants de la Natcom, à mes fans, aux responsables de l’ASHBAC. Pour l’heure, je n'ai fait qu’une partie de ce que j’aurai à réaliser dans le monde du basket haïtien.
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