Les médias s’inscrivent au cœur de la dynamique des rapports sociaux et jouent un rôle incontournable dans les sociétés. Ce n’est pas sans raison que les médias sont connus comme le quatrième pouvoir. Mais la problématique des médias charrie tout un ensemble d’interrogations et d’enjeux sociaux, juridiques, culturels, politiques, sur lesquels ont porté les discussions au cours de ce forum où les intervenants étaient rangés en deux panels. André Yves Pierre, Joe Antoine Jean-Baptiste, Darline Alexis et Nelson Bellamy faisaient partie du premier panel ayant la tâche d’aborder les points relatifs à l’historicité et spécificités des médias en Haïti, leur responsabilité sociale, la relation entre les médias et les mouvements sociopolitiques et les rapports entre les jeunes et les réseaux sociaux. Dangélo Néard, Frantz Duval et Patrice Dumont composaient le second panel qui débataient respectivement sur le métier de journaliste en Haïti, de l’avenir de la presse écrite vu l’avènement des réseaux sociaux et de la place des médias dans la construction d’un État de droit. La professeure d’université Darline Alexis a attiré l`attention de l`assistance sur trois enjeux majeurs pour les jeunes face à ce qu`elle préfère nommer les « médias sociaux». Il s’agit en premier lieu de l’identité numérique. L`intervenante dit constater que les jeunes ont du mal à soigner leurs images sur les médias sociaux (réseaux sociaux). Gérer son temps et sa santé sont deux autres défis présentés par Darline Alexis pour la jeunesse face à l`internet. Nelson Bellamy, quant à lui, a mis l’emphase sur les conflits entre les personnalités politiques qui négligent l'essentiel. À savoir les problèmes de fond que génèrent ces différends. Joe Jean-Baptiste, pour sa part, se demandait tout au cours de son intervention si les médias en Haïti jouent réellement les fonctions sociales qui leur sont attribuées. Il dit laisser le soin à l’auditoire de trouver les réponses. Pour le thème relatif à l’historicité et la spécificité de la presse haïtienne, André Pierre, dans son intervention, a montré que les journaux haïtiens ont été partisans sur les périodes nationale et coloniale. Cela, jusqu'à l'arrivée du Nouvelliste, qu’il présente comme étant le premier journal d`information de l'histoire de la presse haïtienne. La politique salariale dans les médias, une entrave au métier de journaliste Dangélo Néard, journaliste culturel animant l’émission «Des livres et vous» sur la radiotélévision Caraïbes et Koze Kilti sur RFI, a fait un survol des qualités que devraient faire montre un journaliste. Grande culture générale, curiosité, ouverture sur le monde et sur ce qui se passe, maîtrise du médium à travers lequel il s’exprime, aisance dans la langue dans laquelle il s’exerce, sans oublier l’objectivité qui est « l’utopie journalistique par excellence » pour Dangélo Néard. Il déplore néanmoins le déficit de formation au niveau de ce corps de métier. Ce qui fragilise la posture d’autorité du journaliste. « Nous assistons à des journalistes, qui malheureusement, s’improvisent journalistes, à des journalistes qui ne préparent pas leur activité journalistique. Ce qui nous donne une situation quelque peu compliquée. À cause de ce pseudo-journalisme, la parole de la presse est une parole que l’on conteste, qui ne bénéficie plus de la plus-value d’authenticité qu’elle avait parce que le métier est galvaudé par des usurpateurs, des improvisateurs. » Il déplore l’absence d’une grande école privée de formation en journalisme, mais aussi la modicité des salaires dans la plupart des médias en Haïti. Les réseaux sociaux, une chance pour la presse écrite en Haïti Rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste, le plus ancien quotidien francophone de la Caraïbe, Frantz Duval, du haut de ses 32 ans de carrière dans la presse écrite, est la personne indiquée pour parler de l’avenir de la presse écrite face aux réseaux sociaux. Prenant la parole, il a tenu à faire des considérations pour montrer que l’avenir, le travail et le métier de journaliste n’est pas aussi sombre qu'on semble le craindre. À l’entendre, on a fait beaucoup de chemin en ce qui concerne l’exercice de ce métier même s’il admet que beaucoup d’obstacles et de difficultés existent encore. « On n'a jamais été aussi bien servi pour être informé », a-t-il déclaré même s’il est assez prudent pour souligner que ceci n’est pas un gage de qualité. Selon lui, la presse écrite s’enrichit de ce qui se passe actuellement avec les réseaux sociaux, qui agrandissent l’offre d’information et donnent carrément don d’ubiquité à tous. Ils sont une chance pour la presse écrite qui doit s’adapter pour tirer le maximum de cette nouvelle forme d’information. Pour Frantz Duval, on ne sait pas quelles formes prendront les médias demain avec la prépondérance du numérique tout comme on ne sait pas quel réseau social existera dans 5 ans, mais le besoin de journaliste subsistera, quel que soit le médium. De son côté, Patrice Dumont a eu la charge de parler de la place des médias dans un État de droit démocratique. Après un exposé magistral, presque académique sur l’État de droit, il a démontré l'importance des médias, de la liberté d’expression dans toute société démocratique, en Haïti particulièrement. Se déroulant sur une journée, ce forum d’éducation aux médias et à l’information s’est révélée comme une fructueuse matinée de réflexion et d’échange qui se termine avec une remarque très importante du journaliste Frantz Duval, récemment élu président de l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH). Ce dernier a invité l'assistance, composée surtout de diplômés de la faculté des sciences humaines et sociales, à faire une typologie des médias existant en Haïti pour mieux comprendre leur fonctionnement et pour pouvoir cesser de leur prêter une définition et des objectifs décrits dans des ouvrages qui ne traitent pas d'Haïti. Francky Cassamajor, coordonnateur général du Groupe de réflexion, d'étude et d'action sociale (GRETAS), s’est dit satisfait de la tenue de ce premier forum d’éducation aux médias qui a été réalisé en vue de sensibiliser les acteurs au bien-fondé et au rôle des médias dans la société. Constitué d’une vingtaine de jeunes, des universitaires originaires de Petit-Goâve pour la plupart, GRETAS s’intéresse majoritairement à l’éducation, à la culture et à l’environnement. Il organise diverses activités de sensibilisation pour les jeunes. Un prochain forum devrait se tenir sous peu dans une autre ville du pays.