C’est une décision du gouvernement de « proroger » un contrat qui est à la base de la crise qui secoue le secteur du pétrole aujourd’hui en Haïti, selon les explications du ministre de l’Économie et des Finances Jude Alix Patrick Salomon, ce jeudi 6 juillet 2017, devant les membres de la commission Économie et Finances du Sénat. Cette prorogation se veut le nœud gordien par le fait que la loi haïtienne ne reconnaît pas cette stratégie dans le cadre du processus de passation des marchés. Le ministre débute son intervention en tirant à boulets rouges sur la précédente administration de la BMPAD qu’il accuse d’avoir été marquée par de « grands doutes » sur les appels d’offres concernant l’importation de produits pétroliers dans le pays. Voulant couper court à cette pratique, le ministre confesse que le ministère qu’il dirige a tout bonnement « rapatrié la question » afin de faire des appels d’offres « une procédure ouverte et transparente », selon les propres mots du ministre. Dans le dernier appel d’offres, deux compagnies étaient retenues : l’une devrait importer à la fois de la gazoline et du kérosène, l’autre du diesel. Environ 10 jours plus tard, une information est venue perturber la donne : la raffinerie de pétrole de Curaçao, utilisée d’habitude par le Venezuela pour fournir des produits pétroliers à Haïti, est frappée par un incendie. Pour une fois, l’État a déposé son chapeau d’État pompier pour anticiper les conséquences sur le marché haïtien. Conséquences qui ne pourraient être autre chose qu’une flambée des prix à la pompe, selon le ministre. Pour faire face à cette situation, le gouvernement adopte une stratégie très simple selon son point de vue, mais très « inquiétante » pour la commission Économie et Finances du Sénat, comme l’a souligné le président de cette commission, Nènèl Cassy. Par cette démarche, le gouvernement décide de « proroger l’appel d’offres » de l’une des compagnies, ce pendant tout le temps de l’indisponibilité de la raffinerie du Curaçao. « Il ne s’agit pas d’un arrangement sous la table. C’est une entente avec la compagnie qui avait gagné le premier appel d’offres pour éviter le pire », garantit le ministre. Mais la bonne foi du gouvernement ne suffit pas pour dissiper les doutes de la commission. Le sénateur Nènèl Cassy indique qu’une telle démarche est un peu « irrégulière » par rapport aux prescrits des lois haïtiennes en la matière. Cette décision de prorogation visait, certes, à éviter une fluctuation des prix et par conséquent des turbulences dans le pays, mais aura aussi attiré des ennuis. Cette manne, caractérisée par une probable flambée des prix à la pompe, a attiré l’attention de certaines compagnies pétrolières. L’une d’entre elles allait jusqu’à informer les autorités de son intention de commander du pétrole destinée à 3 compagnies qui fonctionnent sur le marché. Suite à cette démarche, le ministre confie que le gouvernement avait répondu par la négative en soulignant que « seul l’État a le monopole de la commande et que leurs produits ne sont pas autorisés à rentrer sur le territoire ». Le ministre n’a pas cité le nom de la compagnie mais souligne que la demande a été signée par le président de l’Association des professionnels du pétrole (APP). Malgré l’interdiction des autorités, la compagnie continue dans son entêtement et fait rentrer sa cargaison. Étant dans l’illégalité, la justice est automatiquement saisie, souligne Jude Alix Patrick Salomon qui dit avoir seulement « entendu » qu’il y a des mandats d’amener qui sont lancés contre les responsables des compagnies concernées. Jude Alix Patrick Salomon a toutefois admis « pour qu’un pays soit considéré comme tel, le monopole de la force doit rester entre les mains de l’Etat », avant de souligner que le pouvoir tout entier reste ferme et serein sur la décision d’interdire la vente du pétrole clandestin sur le marché. Devant cette situation de corde raide, le président de la commission Nènèl Cassy dit attendre de pied ferme des documents justifiant la décision de l’État de proroger l’appel d’offres d’une compagnie contrairement à la norme, ce qui est à la base de ce bras de fer entre l’État et le secteur privé. Selon Nènèl Cassy, l'intérêt de la commission dans cette affaire est de savoir si les intérêts de tous les concernés, à savoir ceux de la population, de l’État et du secteur privé, ne sont pas foulés aux pieds dans cette crise.