Dans le projet de loi de finances 2017-2018 déposé au Parlement récemment, 144,2 milliards de gourdes sont prévues pour les dépenses et autres investissements de la nation pour le prochain exercice. Haïti est toujours à l’avant-garde de la signature d’engagements internationaux. C’est le cas, par exemple, de l’atteinte des Objectifs de développement durable tant vanté par les Nations unies. Comment un pays comme Haïti avec 12 000 gourdes par citoyen dans la loi de finances va-t-il pouvoir éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous à l’horizon 2030 ? Haïti ne pourra pas atteindre les 17 objectifs de développement durable en investissant si peu dans les secteurs clés. Dans le projet de budget du ministère haïtien de la Santé publique et de la Population, 6,14 milliards de gourdes. Comment un pays peut-il prétendre prendre soin de ses citoyens avec une somme de misères pour 12 millions d’Haïtiens tout en vantant les ODD ? On ne peut ni aider à protéger la planète, ni combattre la pauvreté, ni atteindre aucun des objectifs. La refondation sociale dont les autorités parlent est un leurre. Le secteur social dans son ensemble ne pèse que 33,31 milliards dans le document, 23,1 % du montant total. Un effort a été fait, cette année, en faveur de l’Education qui bénéficie d’une enveloppe de 22,9 milliards de gourdes. Pourtant, en tenant compte des divers mouvements qui ont paralysé la bonne tenue des cours durant l’année académique 2016-2017, on doute fort que la totalité de cette somme ira dans la préparation de programme ambitieux. Les professeurs qui travaillent depuis des lustres sans lettres de nomination et des normaliens en position pour intégrer le système éducatif vont engloutir la part du budget du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Le paiement des arriérés auront un poids certain. On se souvient encore de la sortie du chef du gouvernement qui, à peine arrivé au timon des affaires, a dû faire le triste constat du budget insuffisant dès le deuxième trimestre de l’exercice en cours. Le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural et ses partenaires ne pourront pas « éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable », le deuxième ODD, avec 10 milliards de gourdes. Après les dégâts causés par l’ouragan Matthew notamment dans la péninsule du Sud, des investissements majeurs sont nécessaires dans ce domaine. La Grand'Anse, qui était un grenier du pays achète des produits agricoles en provenance du reste pays. Il y a de quoi s’inquiéter. On a souvent entendu que l’État d’urgence environnemental doit être décrété sur l’étendue du territoire. Aucun projet d’envergure n’a été annoncé. Ce ne sont pas les 757 millions de gourdes allouées dans le projet de loi de finances qui vont tout résoudre. Quand la poussière ne suffoque pas dans les rues de nos villes, ce sont les montagnes d’immondices et la boue qui empoisonnent la vie des gens. L’objectif (7) pour garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau » n’est qu’un rêve dans l’état actuel des choses. Peu d’engagement, peu de créativité dans les programmes d’investissements publics, l’atteinte des ODD s’éloigne d’Haïti.