Elle dort avec les livres. Comme une enfant le fait avec ses ours en peluche ou ses jouets préférés. Ces fidèles compagnons, Darline Alexis les retrouve avec joie au matin. « Je me réveille, je lis; règle numéro 1. Certains jours, je regarde ce que dit la presse. D’autres jours, je reprends une œuvre avec laquelle je me suis endormie. Ce, pendant 30 minutes au moins », confie-t-elle. Après, peut-être ira-t-elle préparer sa fille pour l’école. Peut-être ira-t-elle au sport. Mais en général, ce petit rituel est sacré. « Je n’ai aucun cours avant 10 heures. Sauf à l’Ecole normale supérieure, le mardi matin. J’ai réussi à réserver un temps de lecture quatre matins par semaine. Et je ne les négocie pas », explique avec conviction celle qui s’entiche d’œuvres classiques, de celles d’auteurs de la Caraïbe anglophone, de l’Amérique du Sud avec une attention toute délicate pour les auteurs chiliens, chez qui elles trouvent un humour très particulier.

C’est un fait. Madame adore lire. Les livres, c’est même une part importante de son budget, d’autant plus qu’elle en achète sur un coup de tête. Heureusement, tous les ans, elle partage quelques-uns de ses ouvrages avec certaines bibliothèques communautaires. De sorte qu'il est aisé de comprendre qu’elle a en horreur la médiocrité. « On est dans un pays où les gens veulent se prononcer sur tout alors qu’ils n’ont pas de savoir adéquat ou ne prennent pas la peine de vérifier la documentation existante. Et cela, je le supporte difficilement. Quand je ne sais pas, j’écoute », dit-elle, visiblement agacée de la paresse intellectuelle dont font preuve ceux qui ont les moyens de s’informer et de se former. Une forme de paresse qui, bien souvent, va de pair avec un « déficit d’humanité », pense-t-elle.