Ne voulant pas être du reste dans le flot de réactions que suscite la décision du gouvernement Moïse/Lafontant de remettre au-devant de la scène l’idée de création d’une force de défense nationale, certains députés ont vite emboîté le pas à ceux criant « oh, scandale » en entamant le processus visant l’interpellation du ministre de la Défense Hervé Denis. Dans l’empressement de ces députés, pour la plupart membres du groupe majoritaire qui supporte le pouvoir en place, ils allaient si vite en besogne qu’ils ont oublié les prescrits du règlement intérieur de la Chambre en matière d’interpellation, selon les dires du député de Mirebalais Abel Descolines. Selon le règlement intérieur de la Chambre basse, toute démarche visant l’interpellation d’un ministre doit être prise en assemblée, c’est-à-dire publiquement. Or, les députés qui ont tenté d’interpeller le ministre ont initié leur démarche en adressant une correspondance au président de la Chambre Cholzer Chancy. Partant du mauvais pied dans le dossier, les députés interpellateurs ont omis les règlements et ont du même coup essuyé l’échec. De sorte que la conférence des présidents, selon ce que rapporte Abel Descolines, a décidé de changer l’interpellation en une convocation. Cette correction du cahier des députés confus peut faire grincer les dents si jamais ces derniers envisageaient vraiment le renvoi du ministre puisqu’une séance de convocation ne peut aboutir qu’à des recommandations, contrairement à l’interpellation qui peut être soldée par le renvoi définitif d’un ministre du gouvernement. La seule corde restant à l’arc des députés qui ont vu leur interpellation changer en convocation est « l’opportunité que la procédure donne aux parlementaires de transformer une séance de convocation en interpellation au cas où l’assemblée n’est pas satisfaite des explications du ministre », annonce l’élu de Mirebalais, déplorant la démarche des députés qu’il voit comme une farce. « Je me demande si ce n’est pas la révolution qui cherche à manger ses propres fils puisque ce sont, en majeure partie, les députés proches du pouvoir qui ont entamé le processus contre un ministre qui tente de concrétiser un rêve du président », se questionne Abel Descolines en dépit de son adhésion à une telle démarche.