Il est significatif que l’un des rares débats qui aient quelque peu animé la dernière campagne électorale ait porté sur la remobilisation et la refondation des forces armées haïtiennes. Sur ce sujet, il faut se garder de dire n’importe quoi. L’heure est à la retenue, à la collecte de propositions et de réflexions réalistes, car il s’agit d’un défi immense, la mesure (courageuse ?) prise par le président Jovenel Moïse qui plaide pour une philosophie de la volonté face au climat de résignation qui domine le pays. Car si la fidélité d’un chef de l’Etat à ses promesses électorales et à ses convictions se mesure aisément à la haine dont ses adversaires le poursuivent, assurément le président qui se refuse à cautionner la « démobilisation » – anticonstitutionnelle au demeurant – marque les esprits par son geste exemplaire. Ses premiers atouts ? La transparence. Et la concertation en continu. Mais tout cela ne se fera pas en un jour. Avec quelles ressources ? Quel budget ? Argument qui peut servir à bien des choses mais qui n’est pas sans signification. Suivant quel chronogramme d’activités ? Le temps des dénégations est derrière nous. Vient celui de la reconstruction d’une armée à visage humain, des tâches difficiles de la cohabitation entre deux forces de sécurité. Un pari ? Bien sûr. Pour le moment.
Courageuse ? Dans tous les cas, les Haïtiens savent qu’il faudra payer la grande partie de la facture par une rigueur financière croissante. Renforcer la sécurité générale du pays, car c’est de cela qu’il s’agit, le justifie. A la clef, une double peur : décevoir les belles âmes anarcho-populistes, en jouant les « liquidateurs », géniteurs de bandes armées et de chimè ; se faire menacer par les « Blancs », en ayant l’air de faire table rase du passé. Et nous n’avons pas encore, je crois, mesuré l’événement dans toute son ampleur, vingt-trois ans après l’intervention américaine en septembre 1994 pour restaurer la présidence de Jean-Bertrand Aristide. A défaut de clivages balisés – entre pro- et anti- armée ou militaires – les débats devraient désormais s’orienter vers des sujets de société y afférents, où les attentes collectives et managériales, géographiques et émancipatrices sont bien plus élevées, urgentes. Luttes contre la contrebande, service civique obligatoire, reforestation, désenclavement, couverture maritime, aérienne et terrestre pour faire face aussi bien aux problèmes de sécurité liés aux délits et crimes qu’aux catastrophes et désastres naturels : autant de domaines où l’on touche aux racines de notre sous-développement, à la précarité de chacun. Or ces enjeux n’ont jamais été expliqués à la grande majorité des Haïtiens.






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