Lundi 1er janvier. Gonaïves s’est réveillé relativement placide, attendant le ballet d’officiels pour la célébration des 214 ans de l’Indépendance, comme le veut le rituel. Les menaces de boycott, incessamment brandies ces derniers jours par d’anciens prisonniers graciés par Michel Martelly qui, dans un passé pas trop lointain, ont transformé la ville en un berceau de la rébellion anti-Aristide, n’ont pas fait long feu. Le pouvoir a triomphé. Les voitures rutilantes ont défilé au cœur de la ville. Le président de la République, et bien sûr, beaucoup d’autres chefs, le Premier ministre, des ministres, les présidents des deux chambres du Parlement, des figures du corps diplomatique, ne pouvaient pas être moins heureux sur la terre salée, réputée chaude, rebelle, convulsive…
Les chefs, peu après le traditionnel Te Deum, où ils se sont vus exposer les manquements et les errements séculaires d’Haïti par le Monseigneur Yves Marie Péan, se sont agglutinés à la rue Fabre Nicolas Geffrad, à un jet de pierre de l’Alliance française, le dos à la place d’armes et aux portraits des héros de l’Indépendance. Les militants, pas du tout nombreux, tenus loin du stand des officiels, ont laissé libre cours à leurs frustrations, leurs misères. Sur les pancartes brandies, on pouvait lire, entre autres, « nou pa bezwen pawòl, se manje nou bezwen ». Le président de la République, dont la valise ne tarit guère de promesses, leur a pourtant parlé, nonobstant quelques vagues huées. Jovenel Moïse, brossant au passage les sacrifices consentis par les fondateurs de la nation pour l’extraire du joug colonial, estime, sans le dire, que cet héritage est aujourd’hui à la dérive.






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