Le Cap-Haïtien explose. Son expansion, rapide, arbitraire, repousse de plus en plus les limites de la vieille ville. L'emprise au sol est impressionnante et les piémonts sont partagés entre les riches au nord, à Rival, et les pauvres, au sud. Vu du quai, le tout - les cahutes de bric et de broc et les villas - est repoussant, tel l'esquisse d'un beau désordre, un parfait gâchis qui souligne la faiblesse des pouvoirs publics et la mise à mort des notions élémentaires d'urbanisme et d'aménagement du territoire.

Sur tout le littoral, du port jusqu'à Petit'Anse, les fatras dansent, ondulent, racontent la dépendance vis-à-vis de la République dominicaine qui fournit tout ou presque au commerce de la ville. La mer, là, ne se souvient plus du temps de son bleu. Elle est marron. Sale. Elle est un dépotoir. Un peu comme à Port-au-Prince, la difficulté d'y circuler constitue l'expression du boom démographique du Cap-Haïtien, qui, à côté des facilités portuaires, dispose d'un aéroport international. Il semble que tout ça, tous les éléments pour que la ville soit le chef-lieu d'un pôle économique en croissance nécessitant ajustements et planification constitue une surprise. Une grosse surprise.