L’essentiel du récit se passe à Koridon, zone côtière du département de l’Artibonite où les habitants s’adonnent principalement à la production du sel et à la pêche. Koridon, terre d’asile de Tifi après que celle-ci a été violée, humiliée, maltraitée à Port-au-Prince par les Lewa. Koridon, témoin du courage, de la détermination d’une adolescente de seize ans ayant esquivé tous les coups durs de la vie. Koridon, l’endroit qui a vu naître Tifi, la dompteuse des mers initiée à la pêche par un petit garçon, pour ne pas crever de faim.

Main dans la main, la lauréate du prix Deschamps 2017 vous conduit donc dans son imaginaire où prévaut la tristesse. Elle le fait avec manière. Finement, aisément. Sans langue de bois, la jeune écrivaine campe l’histoire de Tifi et met ainsi la société haïtienne dans ses petits souliers. Face à ce problème qui existe depuis des générations, elle se fait la porte-parole de ces enfants auxquels on a tout pris. Enfance, innocence. On leur a tout volé. « Si se pou lekòl, se lè ti negès la konn al jete fatra, li gen pou l travèse mwatye vil la epi kanpe anfas lekòl zòn nan, Pipirit, pou gade timoun ak inifòm. Manzè Asela, limenm pa janm konnen si se nan lekòl ‘’plètil matant, plètil tonton’’ pitit fi li diplome ak mansyon loreya. »