Gael Pressoir, généticien, docteur en sciences agricoles, est un oiseau rare. Loin des objectifs des caméras et des hâbleurs avares de micros, le récipiendaire du prix scientifique de l’année 2018 du Granh passe ses journées entre ses champs, les cours à l’université et ses recherches. Peu de gens savent que ce sont les recherches de Gael Pressoir et de son équipe, financées par Affaires mondiales Canada, qui ont permis de sauver la filière petit mil du « pichon », une maladie apparue en Haïti en 2015. Avant cette maladie, le généticien effectuait des recherches pour trouver une variété donnant plus de rendement et dont la tige sucrée pouvait être utilisée dans la fabrication de clairin et les feuilles dans la production d’aliments pour le bétail. Il avait donc une longueur d’avance, des travaux bien ficelés.

Pour Gael Pressoir, le ratio coût/bénéfice pour l’investissement dans les recherches est très intéressant. Les recherches financées avec moins d’un million de dollars ont permis de développer une variété résistante au pichon et sauver la filière petit mil qui compte 300 000 planteurs à travers le pays, produit 100 000 tonnes métriques et génère entre 35 et 40 millions de dollars américains par an, a souligné Gael Pressoir lors d’une interview à Dèyè Kay, sur Télé 20, fin avril, après l’obtention du prix du scientifique de l’année 2018 du Granh. Pour la production des semences avec la variété « pitimi papèpichon », Affaires mondiales Canada a donné une extension de son financement. Le ministère de l’Agriculture a aussi investi. Le partenariat avec un semencier a permis de fournir 140 tonnes de semences, un volume non suffisant pour les 300 000 planteurs de petit mil à travers tout le pays, a indiqué Gael Pressoir. Pourfendeur de ce modèle économique de rente, le scientifique, qui affiche son nationalisme, voit grand pour le petit mil. Le premier objectif poursuivi est de produire plus d’une tonne métrique de petit mil à l’hectare, comme c’est le cas en Haïti, le pays dans le monde, à côté de Madgascar, dont la productivité agricole est la plus faible. Aux États-Unis, on fait 16 tonnes métriques à l’hectare, en Amérique latine 8 ; la moyenne mondiale est de 3 à 4, a expliqué Gael Pressoir qui, dans ses expérimentations, indique avoir atteint autour de 4 tonnes à l’hectare. L’augmentation de la production entrainera plus de rentrées.