Pour les habitants de Carriès, rien n'a changé. Le répit observé au début du mois d’octobre après l’intervention de la police a été de courte durée. Les bandits chevillés avec de prétendus propriétaires de tous les terrains de la zone ont fait à nouveau parler la poudre, multiplié les incursions punitives et mis plus de hargne dans l’exécution de leur politique de la terre brûlée. Le décompte des maisons incendiées a grimpé. 16 en l’espace d’une semaine, dont 5 mercredi soir 7 novembre 2018, témoigne une femme. Elle décrit, un sanglot dans la voix, une situation de terreur qui dure depuis le 28 novembre 2017 quand des hommes armés ont tagué « jugement exécuté » sur d’innombrables pans de mur de résidences privées et d’hôtels.

La nuit, après le concert d’armes automatiques, le pillage des maisons, ces hommes mettent le feu. Quand le soleil jaunit l’horizon, la tension monte, l’angoisse, la peur de la prochaine victime poussent plein d’habitants du village à passer la nuit ailleurs. « Tout moun nan lari », écrase-t-elle. Pour des mères de jeunes filles, c’est insoutenable. « Des filles sont abusées », poursuit-elle. Avec pudeur. Sans entrer dans les détails de ces exactions sexuelles. Tout le monde est au courant. La police, les autorités au plus haut niveau. Ces bandits, retranchés à « Bra Deyò », dans les hauteurs de Williamson, ont le soutien de « chefs ». « Ils ont des appuis politiques », se désole cette femme qui raconte que ce sont des membres d’une population exaspérée, terrorisée qui se sont retrouvés dans l’obligation de bloquer la route nationale 1, le jeudi 8 novembre, pour crier au secours.