L’Etat dépense plus qu’il ne rentre, a recours à la BRH pour financer monétairement son déficit de 24 milliards de gourdes pendant le dernier exercice.  L’injection de plus de gourdes en Haïti où deux monnaies sont en circulation a généré de la volatilité sur le marché des changes. L’illustration est la dépréciation accélérée de la gourde par rapport au dollar, 15,8 % entre septembre et janvier. Le billet vert s’échange contre 82 gourdes et les prix s’envolent, 15,1 % d’inflation en décembre dernier. Ne pas agir, c’est entrer dans le mur. Ne pas agir, c’est « prendre le risque d’un dérapage du change que nous ne pourrons plus contrôler », a campé l’analyse du  ministre de l’Économie et des Finances Ronald G Décembre, qui a rapporté l’importance accordée à la situation économique « préoccupante » par l’exécutif. Pour l’administration du président Moïse, incapable de tenir la promesse de mars 2017, avec Jack Guy Lafontant, de faire du cash management, la solution « structurelle » consiste à contenir le déficit budgétaire pour calmer la dépréciation et faire baisser l’inflation.

 Pour ce gouvernement pas des plus populaires, l’action prend la forme d’un pacte. Le ministre de l’Économie et des Finances Ronald G. Décembre et le gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, ont signé un « pacte de gouvernance économique et financière », au MEF, le vendredi 1er février 2019. L’État, à travers ce pacte, s’engage à assurer une gestion efficace des dépenses publiques et des moyens de règlement des factures pétrolières, a expliqué le ministre de l’Économie et des Finances. Le MEF, dans le cadre du pacte, s’engage aussi à veiller au maintien d’une bonne adéquation entre les ressources disponibles et les dépenses de l’administration centrale. Lorsque les ressources disponibles sont insuffisantes, le MEF ne pourra solliciter de la BRH qu’une avance, sur une base mensuelle, strictement estimée au montant des fonds nécessaires pour couvrir les dépenses essentielles, principalement les dépenses du personnel. La BRH est autorisée à ne pas honorer les autres dépenses ordonnancées sous forme de chèque ou de virement. À la fin de chaque trimestre, le total des avances doit être compatible avec le niveau du financement monétaire au 31 janvier 2019. Toutefois, quand les circonstances l’exigent, des avances supplémentaires sont autorisées sur une base temporaire consentie par la BRH aux taux du marché, lesquelles devront être remboursées avant la fin de l’exercice. Le MEF s’engage à établir un plan de trésorerie sur la base d’une programmation  trimestrielle des dépenses élaborées de concert avec les autres ministères conformément aux dispositions de l’article 59 de la loi du 4 mai 2016 abrogeant le décret du 16 février 2005 sur l’élaboration et l’exécution des lois de finances, selon le protocole d’accord qui lie la BRH au MEF dans ces engagements pour une durée de 8 mois.  La signature de ce pacte exprime une vision plus large de bonne gestion des finances publiques. Il va au-delà du cash management.  « C’est une décision prise de concert avec le président de la République, le Premier ministre et l’ensemble du gouvernement », a insisté le ministre de l’Économie et des Finances Ronald G Décembre.  Des garde-fous sont mis en place pour que ce pacte soit respecté. « Je n’ai pas d’inquiétude. Nous ne pouvons ne pas respecter ce pacte », a-t-il poursuivi, interrogé sur les promesses non tenues faites sous le gouvernement Moïse/Lafontant.