L’artère poussiéreux qui relie les lakou Soukri et Souvnans est paré de ses plus beaux atours pour accueillir le défilé carnavalesque des enfants organisé par la première dame de la République, Martine Moïse, le 2 mars 2019. En face d’un gradin devant abriter les officiels qui assistent la cérémonie se dresse une sorte de tonnelle d’où un dj officiant aux platines fait danser les carnavaliers avec ses mix entraînants. Des masques xxl faits à partir de papier mâché sont exposés des deux côtés de la route. Certains sont accrochés aux arbres ; d’autres sur un stand attribué aux travailleurs de la presse. Loin de la guerre des décibels, des déguisements clichés qui caractérisent les défilés au Champ de Mars, c’est à un spectacle très authentique auquel on a droit dans cette région à quelques coudées du centre des Gonaïves. En effet, tel que le thème le suggère, « Timoun ann pale de istwa nou », le défilé s’articule autour d’un récit de notre épopée nationale à laquelle se jouxte celle des trois lakou Soukri, Souvenance et Badjo dont sont issus les enfants impliqués dans l’activité. Au micro, un narrateur aide amplement à faire comprendre, notamment aux plus jeunes et aux outsiders, la logique qui s’y rattache. Le défilé s’ouvre avec des enfants déguisés en Indiens. Tel que le narrateur l’explique, c’est pour rendre hommage aux indigènes qui habitaient notre île avant l’arrivée de colons. Il avance que dans le panthéon vodou, des divinités protectrices (Gad), dont Agaou (pendant vodou de saint Michel Archange), qui sont vénérées dans la plupart des rites proviennent justement de la religion des Indiens. S’en suit le char représentant le Lakou Soukri. En hommage aux Génies Congo, ses occupants se drapent dans des habits de couleurs vives. On dirait un tableau sous le thème du printemps, la joie de vivre. Le Lakou Souvenance, lui, fait référence, selon l’animateur, à la royauté. Et pour cause d’aucuns pouvaient remarquer le caractère impérial, à tout le moins solennel, de l’habillement de cette cour associée au Bénin. Le lakou Badjo respire l’énergie guerrière. C’est le bataillon des Ogou présentés comme les esprits tutélaires des pères de la Patrie. La plupart des acteurs chaussent des bottes, portent un chapeau militaire, empoignent un fusil en bois. Le défilé se ferme avec les esprits associés à l’agriculture comme Zaka, Tijan. C’est le monde paysan, celui auquel appartiennent tous les enfants participant au carnaval, qui est mis à l’honneur dans cette séquence à laquelle fait suite un char musical dont le volume ne nuit point aux jeunes oreilles. Une chanteuse de la région avec une tessiture qui rappelle celle de Toto Bissainthe marque les esprits par une performance sans pareille sur une chanson de la divinité Papa Ogou avant que les ombres s’amoncelant sur la plaine des Gonaïves viennent mettre fin aux réjouissances. Une échauffourée entre deux bandes rivales qui se sont croisées non loin du site ne réussit pas à enlever aux enfants des lakous leur bonheur d’avoir eu leur propre carnaval.






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