Pour rendre un ultime hommage à une tante, écraser un reste de larme, il fallait larguer les amarres, tourner le dos à Port-au-Prince, passer l’étape « cœur cassé » de Martissant. Sur la route, vers le Sud, les Cayes, le vendredi matin d’avant  un carnaval national orphelin du désir de faire danser tout le monde, il y a ces restes de barricades qui sautent aux yeux à l’entrée de presque toutes les villes : Gressier, Léogâne, Grand-Goâve, Petit-Goâve, Aquin…

 Sur le bitume, gravés par le feu, des anneaux de pneus, expression d’une colère, d’un désamour du président Jovenel Moïse. Les traces des dernières convulsions politiques, de  l’opération « peyi lock » pour exiger le départ du président à cause de l’aggravation de la situation socioéconomique du pays sont plantées dans un décor de sécheresse. Les lits des rivières la Rouyonne, la Momance sont secs. Pas un filet d’eau. C’est le cas pour la rivière de Fauché, de Petit-Goâve. Il n’y a pas de photos, la sécheresse est là, ses morsures visibles, racontent la vérité à dessein occultée des bassins hydrographiques dégradés, des sources asséchées à cause des arbres coupés, de la terre cultivable qui s’en va à  la mer.