Aucun décor, aucun artifice, aucun accessoire, sinon un foulard et un banc, "Dekò", reprise ce 7 avril sur demande de Capelletti Hugot Gabriel boss charismatique d' Event City n’a décidément pour substrat que les corps des quatre artistes, Tafa Mi-Soleil, Dana Pierre Saint, Tasha Saint Fort et Vanessa Jeudi. C’est sur ce support que se défilent toutes les images de cette œuvre engagée. Tout s’y passe en d’autres termes. "Dekò" ne verse pas dans la facilité qui consiste à faire jouer un personnage par chacune des quatre artistes comme la distribution le suppose. C’est à une toute autre équation qu’on a droit. Il s’agit de faire défiler une série de tableaux allégoriques des différentes de femmes combatives qu’on s’évertue à dépeindre : marchande, lessiveuse, employée de la sous-traitance. On reconnaît facilement la corvée de nos lessiveuses, les péripéties de nos madan-sara qui sont systématiquement prises à partie par les sbires des mairies…dans les gestes exécutés par le quatuor. D’autres personnages dont des hommes se laissent deviner dans le jeu des ladies. Le chant et la danse sont des éléments fondamentaux dans cette œuvre mise en scène par Gaëlle Bien-Aimé. Le choix est porté naturellement sur le répertoire des grands maîtres de la chanson engagée. L’on jubile à l’écoute d’une agréable reprise des quatre mousquetaires de « Papa Damballah » de Toto Bissainthe. Cette incantation à ce génie débonnaire des religions africaines accompagne des gestes symbolisant un travail à la chaîne exécuté par les quatre protagonistes. Des ondulations des mains évoquent d’une certaine manière quelques attributs de la danse Yanvalou qui lui est associée. « Loray kale », du même artiste, n’était pas moins bien interprété. C’est pareil pour des textes de Manno Charlemagne qui figurent dans le setlist de "Limyè" de la metteure en scène. Un chant à la déesse Erzulie a servi de clin d’œil au féminin sacré dans cette œuvre qui est censée décrire toute une palette de femmes combatives. La pièce culmine avec un cœur à cœur du quatuor sur « O freedom », une rengaine qui remonte à la tristement célèbre époque de la ségrégation aux USA reprise par plusieurs artistes.
Sur la scène à Royal Oasis, ce dimanche on est téléporté le temps de la chanson dans une chapelle de Harlem ou dans un champ de coton du Dirty South (le sud provincial des USA) grâce à la capacité des chanteuses à exécuter un gospel qui ne va pas sans un corps à corps censé signifier une libération. Une bonne partie du public s’est plainte de la brièveté de "Dekò" mais a encensé du même élan la qualité de cette ode à la femme combative.






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