Oui, il fallait être là. À tout prix. Par tous les moyens. Braver les derniers rayons récalcitrants de ce soleil ardent qui tarde encore à tirer sa révérence, alors que des gouttes de pluie s’amènent quant à elles, petit à petit. Il fallait être là. Déchirer cette petite foule, qui, entassée telle des sardines dans une boîte de conserve, faisait (tout comme nous d’ailleurs) le pied de grue devant la barrière de la Fondasyon Konesans ak Libète depuis tantôt une heure. En effet, il fallait être là, malgré tout. Pour essuyer ces bousculades, sentir ce ‘’près’’ digne d’un ‘’béton’’ au Champ de Mars lors d’un chaud troisième jour gras. Au bon endroit : à la salle UNESCO de la Fokal. Au bon moment : le soir du jeudi 2 mai 2019. Il fallait être sur place pour voir ces femmes incendier cette petite salle grâce à un concert mettant le féminisme en chansons.

Il fallait les écouter. Ecouter les cinq musiciennes de Siromiel accompagnées des trois rossignols Vanessa Jeudi, Jehyna Sahyeir et Donaldzie Théodore. Pur délice. Plongée dans le noir, il fallait sentir. Sentir la chair de poule sur sa peau, à l’écoute de chaque mot. Chaque parole. Chaque son. Chaque voix. Fermer les yeux et se laisser aller. Faire le voyage depuis la « Création » jusqu’à aujourd’hui. Comprendre, palper, l’essence du mouvement féministe. Parce qu’il n’a jamais été facile d’être une femme. Nulle part. Même en 2019. Viol, harcèlement sexuel, discriminations, violences physiques, mentales… Ce soir, en créole, en français et en anglais, ces dames se font porte-parole de leurs pairs à travers les chansons de Nina Simone, Emmeline Michel, Gloria Gaynor, Clara Luciani, Gessica Généus, Anne Sylvestre, Aretha Franklin, Lady Gaga, entre autres. La cause des femmes ne saurait être restreinte par une quelconque langue ni limitée à une génération. Il fallait dire non. Et c’est ce qu’elles ont fait. Avec manière.