Il est 6 heures passées de 30 minutes. Les sièges de la salle Unesco de la Fokal sont déjà tous occupés. Ce soir, pour voir jouer ces dames, il faut soit squatter le sol ou décider de rentrer chez soi, bredouille. « Tizè » de mon état, la dernière option n’est guère envisageable. Quelle idée saugrenue ! Alors, je croise les doigts pour que le sol soit beaucoup plus clément envers le bas de mon dos, pendant près de 90 minutes. D’ailleurs, une bande de musiciennes talentueuses s’incrustant dans l’arène du compas prise d’assaut par les hommes n’est pas monnaie courante en Haïti. Voir jouer Siromiel en live pour la toute première fois relève à la fois d’un plaisir des yeux, d’un devoir de femme et de pur militantisme.

Devant nos yeux émerveillés, les premières pièces du puzzle d’un bon moment prennent place. Les pouliches de Samora Julmisse : Myrlande, Choute, Adjamile, Aurore, Fredgy s’amènent, à l’exception de la chanteuse principale. Cerise sur le gâteau, elles se font accompagner de deux invitées surprise à la trompette et au sax. Sur la scène, le fameux trac des 30 premières secondes est évident, mais cela c’est avant que la pianiste, derrière ses lunettes noires, entame les notes de « Lakou a » et qu’Ericka monte enfin en selle. Jupe longue blanche et ample assortie à un crop top noir, la one-woman-show de Siromiel fait une entrée assez spectaculaire, telle pour nous rappeler que madame se connaît également en danse. Et c’est peu dire.