Je ne sens plus mes jambes. Mon cœur bat la chamade. À ce rythme-là, il est à deux doigts de quitter ma poitrine. J’ai envie de hurler comme ces groupies, mais mon statut de journaliste me rattrape et m’oblige à me « maîtriser ». Un tout petit peu. De ma bouche seulement trois mots ne sortent : « Une photo svp. » En un rien de temps, le tour est joué, me donnant ainsi la possibilité de concrétiser un rêve chéri dès les premières fois où j’ai été exposée à sa musique. Je viens de rencontrer mon idole. Je suis depuis montée sur un nuage. Youssoupha est bel et bien en Haïti. C’est tout carrément dément.

Oui, il fallait être là. Que je sois arrivée au salon diplomatique une heure à l’avance, retardataire de mon état, c'est un cas rare ; mais on parle de l'un des plus grands rappeurs français ! Sur place, bien avant l’équipe d’Ayibopost à qui je dois cette joie incommensurable, je suis impatiente. Souffrir cette chaleur insupportable sous la galerie du salon diplomatique, guettant chaque bus qui vient déposer les passagers pour sentir finalement sa main posée sur mon épaule. Pur délice. Pour toutes ces fois où les paroles de Youss m’ont aidée à tenir le coup dans un pays comme le nôtre, à recharger mes batteries, quand je suis sur le point de tout laisser tomber, pour toutes ces leçons qu’elles m’ont apprises... mais, surtout parce qu’elles m’ont aidée à accepter ma Négritude. Je suis « africaine jusqu’aux gencives » et ce n’est pas un noir désir.