Quand on voit Anthony Phelps, à côté de son ami, le poète Pierre Brisson, dans la salle polyvalente de la FOKAL, assister à la grande première du film d’Arnold Antonin, on peut dire que ce nonagénaire jouit d’une éphémère éternité. Davertige, Serge Legagneur, Roland Morisseau, René Philoctète, Auguste Thénor seraient tout à fait heureux de visionner ce beau film documentaire : « Anthony Phelps, À la frontière du texte » qui revisite la géographie d’un poète qui a enrichi l’écriture de son vécu, des lieux qu’il a traversés ou habités, des personnes et des livres qui l’ont façonné. À 91 ans, la vie sourit au poète qui aime la vie. Il chante la poésie dans l’envol des mots. La longévité de cet icône du patrimoine culturel haïtien voué à la finitude, a trouvé l’élan et la grâce dans ce siècle qui a conçu tout un arsenal pour maintenir la flamme intellectuelle dans un corps. 

Le portrait d’Anthony Phelps se déploie sous plusieurs angles. Il est saisi dans une écriture filmique qui donne à voir un Caribéen issu d’une famille où l’on compte l’un des héros signataires de l’acte de l’indépendance haïtienne de 1804, le général Bonnet, un homme aux racines plurielles : sa grand-mère est une fille Mevs d’origine allemande, la mère du poète était une Haïtienne noire ; du côté de son père tout un brassage : Allemand, Français et Russe. Cet homme, né à Port-au-Prince, le 28 août 1928, s’est frotté à plusieurs métiers : chimiste, céramiste, dessinateur de cartes postales, photographe, animateur, comédien, journaliste, directeur de radio, entre autre.