Edline*, 21 ans, a grandi dans le quartier pauvre de La Saline. Elle vivait seule avec sa fille de trois ans. Le jour sombre du massacre, quand les hommes armés ont frappé à sa porte, prise de panique, elle s’est réfugiée avec d’autres femmes sous un autre toit. Ils les ont trouvées. Et, alors commença son cauchemar. Cloîtrée, battue, insultée et abusée sexuellement, elle a passé la nuit en compagnie des bouchers de La Saline. « Dans la nuit du 13, trois hommes armés ont essayé de me saouler, ensuite ils m’ont forcée à avoir des relations sexuelles non protégées avec eux. Dans la matinée, deux autres m’ont fait la même chose avant de me laisser partir par pitié , m'ont-ils dit », raconte-t-elle. Le témoignage poignant de cette survivante, au physique frêle, le regard vide, dépeint l'enfer qu'elle a vécu.
Insoutenable témoignage, insoutenable vérité aussi. Au moment où les hommes armés ont fait irruption dans le corridor menant à sa maisonnette, Sheilla*, 23 ans, s’est interposée pour qu’ils n’emmènent pas sa nièce mineure. Ils ont sauté sur l’occasion. Cinq viols, les uns après les autres. « J’étais désespérée. Quand je leur ai proposé de m’emmener, j’ai voulu seulement protéger ma nièce. J’ai eu peur. Ces hommes n'ont eu aucune pitié des femmes. Ils voulaient en finir avec nous. Ils ont tout rasé sur leur passage », confie-t-elle, les yeux livides, en avalant ses lèvres. Cette mère de deux enfants en bas âge, qu’elle arrive à peine à nourrir, a été toute la nuit à la merci de ses agresseurs. Portant sur son corps les cicatrices de la misère, elle a du mal en se remettre de cet âpre parcours, des instants bruts et saisissants.
Les dégâts causés par ce massacre spontané, inattendu et sanglant sont quasi irréversibles. Le viol a été utilisé comme arme... mortelle. Ces jeunes femmes sont en morceaux… Chacune de ces histoires est unique pourtant elles se ressemblent toutes. Brisées dans l’âme par les malfrats et traitées de manière inhumainesans par les autorités, sans aide, elles doivent assurer seules leur survie. Le sentiment de honte est difficile à surmonter. Le récit glaçant des horreurs de cette nuit cauchemardesque que nous ont livré au moins quatre femmes ayant subi de violences sexuelles révèle que les viols sont commis par des personnes connues des victimes. Après la tragédie, elles n'ont reçu aucune aide. Aucun soin médical ou appui psychologique ne leur a été offert par les autorités. Des centaines defemmes redoutent des représailles pour avoir témoigné ou qu’elles soient prises pour cibles à nouveau en cas d’affrontement. Elles ne peuvent pas s'extirper de ce tourment. Incapables de se payer un loyer ailleurs, elles continuent de côtoyer leurs bourreaux..





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