Le monde retient son souffle. Le monde est en guerre contre le coronavirus. Le foyer de la guerre est parti de la Chine. Pendant tout le mois de janvier, en Haïti, on s’était habitué à entendre un nom dans les nouvelles à la radio : Wuhan ; on s’était habitué à regarder sur le petit écran des images de cette province de la Chine continentale. Internet et tous les dispositifs technologiques faisaient-ils alors écran à la vraie réalité nous empêchant de voir et de comprendre qu’un simple éternuement à Wuhan peut provoquer une tempête à Paris, Rome, Madrid, Ottawa, Washington ou Port-au-Prince ? 

Beaucoup de gens en Haïti s'installaient dans la certitude que la Chine était le bout du monde. Les professionnels de l’information qualifient ce principe cynique, la loi du kilomètre zéro. Autrement dit, plus l’évènement est éloigné de notre espace géographique, moins il a tendance à nous intéresser. Aussi pensaient-ils à tort qu’ils étaient à dix mille lieues du danger. Entretemps, la République d’Haïti, comme à l’accoutumée, offrait ses spectacles de mauvais goût. Le bras de fer entre le pouvoir en place et l’opposition ne faisait pas bouger le pays d’une semelle dans la voie d’une sortie de crise honorable. Les médias traditionnels et les médias en ligne, sur le marché de l’information, mobilisaient les esprits. Tous les jours, la même rengaine. Pour que les informations soient plus spectaculaires, certains médias traditionnels versaient de l’huile sur le feu ; les réseaux sociaux en puissance déversaient des scoops à la minute près. Informations informes, fake news et informations traitées avec honnêteté se mesuraient sur le marché de l’actualité.