A 86 ans, Marlène Étienne est probablement l'un des visages qui ne manquent jamais à la Fête du livre jeunesse chez les Frères de Pétion-Ville. Et pourtant, la dame riche en jours ne pensait jamais devenir écrivaine, encore moins pour la jeunesse. « Je connaissais des histoires, je pouvais en inventer aussi, mais je ne pensais pas avoir le talent de l'écriture », confie-t-elle humblement. Rendue à la cinquantaine, devenue grand-mère, elle compile dans des feuilles des histoires qu'elle fait parvenir à ses petits-enfants qui vivent à Montréal . « J’ai appris qu'ils étaient contents, mais ma fille m'a retourné le paquet avec un message sur un ton sérieux. Elle m'a dit que de telles histoires devraient être acheminées dans une maison d'édition et pas chez elle", raconte-elle.
Marlène prend son courage à deux mains et se rend à la maison d'édition Henri Deschamps qui accepte volontiers de publier ses ouvrages depuis. Marlène devient dès lors le chouchou des très jeunes lecteurs et de leurs parents. Quand ils la croisent au supermarché, dans la rue il lui parlent des personnages des ses livres dont particulièrement « Bénisoit », l'âne farfelu et têtu. L' écrivaine de plus de 30 ans de carrière est si adulée qu'une illustratrice qui a collaboré avec elle, Audeva Joseph, a pensé à reproduire une de ses photos personnelles. Un cadeau qu'elle aime et qu'elle a suggéré comme illustration de cet article.
Ses trois ouvrages sur des personnages historiques dont Henri Christophe, Alexandre Pétion et Catherine Flon sont parmi ses préférés. « Le livre sur Catherine Flon est sorti avec une erreur sur son lieu de naissance. Quand on me l'a signalé, j'ai vite fait d'arrêter sa distribution. J'ai appelé à la rescousse l’histoiren Gaëthan Mentor qui est de ma tribu. Ensuite j'ai republié l'ouvrage. Le jeu a valu la chandelle."
Marlène explique que la seule fois qu'elle participé à Livres en folie c’était il n' y a pas longtemps avec « Zanfan libète », un véritable chef-d'œuvre en planches dessinées qui fait le lien entre l'histoire et le conte et traite de l'implication des enfants dans la révolution haïtienne.
Marlène Étienne salue bien entendu Livres en folie, qui, selon elle, traduit la régénération de l'écriture haïtienne qui a été court-circuitée par l'obligation de l'exil des intellectuels durant l’ère des Duvalier. En 2020, l'auteure aux multiples best-sellers jeunesse n'est pas elle-même en signature puisqu'elle a vendu ses droits à Deschamps. Elle estime que ses livres doivent être dans les calendriers de maison d'édition haïtienne centenaire, sur le site de la foire.
Livres en folie en ligne ? Elle félicite l'initiative mais cela ne lui convient pas. "Pour des gens de mon âge, c'est crucial que les organisateurs fassent en sorte qu’ils soient aidés. Moi j’ai ma fille qui peut me guider, j'espère que c'est pareil pour d’autres", dit-elle. À tous ceux qui achètent, elle Marlène Etienne suggère de faire le plein pour se meubler le cerveau en temps de coronavirus.






Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.