«Parler avec un masque, ça gêne. Physiologiquement, tout être humain arrive difficilement à l’accepter. C’est une nuisance à notre bonheur. Regardez comment je vous parle. Ma voix est filtrée à travers un masque. Avec la covid-19, c’est fini la respiration à l’air libre», prédit Marckenley Jean, élève de terminale au Collège Canapé-Vert. Samuel Sergino Joseph, élève de 9e année fondamentale au même collège est du même avis : «Je ne peux pas porter le masque. Je me sens mal à l’aise. Je dois respirer. Cela n’entre pas dans mes habitudes de le porter puisque durant tout le confinement je ne suis pas sorti, j’étais tout le temps à la maison.» Néhémia Démosthènes, la jupe bien droite, chignon serré, a les mêmes mots que son camarade : «Je n’arrive pas à porter trop longtemps une chose surtout au niveau du visage. Ça me gêne. À la maison, je n’en portais pas. Je ne sortais pas. Durant tout le confinement, je suis restée chez moi à regarder la télé. Mon père ne voulait pas que je pointe le nez dehors. Avec Dieussica Délice, c’est un son de cloche plus adapté au contexte de l’épidémie du coronavirus : «J’arrive à gérer le masque. Parfois je l’enlève quand je ne peux pas bien respirer. Mais j’ai l’habitude de le porter quand je vais faire des courses, aller au marché par exemple. Je gère.» Koralli Bernard essaie de s’adapter: «Moi, je l’enlève, je le remets. J’enlève le masque tout le temps. » Francesa Angie Pétion, les noeuds amassant solidement ses tresses, porte l’objet de protection sanitaire pour venir à l’école. «D’habitude, je ne porte pas de masque. Quand je prends un tap-tap pour me rendre à l’école, je n’en mets pas non plus. Idem pour les passagers. Disons que je remarque de rares cache-nez dans le tap-tap ». L’élève débite ses opinions sous les yeux ahuris de madame Mona Messeroux Philippe, enseignante de français en 9e année fondamentale. Et pourquoi porter maitenant un masque? «Je le porte parce que c’est une obligation», dit-elle. Maïa kovsky Pierre tient le même discours. Le mot obligation revient comme si les élèves de cette classe d’examen s’étaient passé ce vocable. Mais c’est Léandro Roussel Bissereth qui étonne le plus avec son interrogation et son affirmation: «Est-ce que la maladie est vraiment en Haïti? C’est une rumeur. Mon père, lui, porte le masque; je crois qu’il le met pour la forme », dit cet ado qui veut prendre une posture de rebelle.
Le masque, une question vitale





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