Claire est née à Jacmel le 20 mai 1928, de parents haïtiens, originaires du Sud du pays. Son père vient des Cayes. Sa mère, une Jacmélienne, vient d’une famille de migrants juifs qui avaient laissé les côtes hollandaises pour s’installer dans le Sud d'Haïti vers le début du XIXe siècle, en passant par Curaçao. «Ma belle-mère me racontait que son grand-père était un Juif orthodoxe ultra-conservateur, qui portait même le chapeau», confie Etelka Molnar Prosper, qui a eu des relation très privilégiées, très étroites avec Mme Prosper. Une femme sur laquelle elle ne tarit pas d’éloges. Une belle-mère qui aura marqué sa vie d’adulte, et qui, pour elle, est de la trempe de ces hommes et femmes que le pays ne verra plus de sitôt. «Ma belle-mère était mon amie. La mère que je retrouvais après avoir perdu ma propre mère d’un cancer. Nous étions très proches, nous vivions ensemble depuis plus de 30 ans, dans la maison familiale. Je ne me souviens pas m’être discutée avec elle, une seule fois. Nous nous entendions très bien. Je suis reconnaissante de l’avoir eue à mes côtés dans ma vie de jeune femme adulte», dira sa belle-fille, qui accorde cette entrevue.

Quatrième enfant d’une fratrie de sept enfants, Claire devient orpheline très tôt, car sa mère décède des suites de mauvaises couches alors qu’elle n’a que cinq ans. Elle grandit avec sa marraine et mère adoptive, veuve, Léonce Megie, née Cecile Surin, dans une pension de famille où elle rencontre d’autres enfants qui seront ses amis, jusqu’à leur mort. Ses études classiques terminées, elle rentre à Port-au-Prince à l’âge de 19 ans et commence à enseigner à l’Externat La Providence, une école des soeurs de la Congrégation de St-Joseph de Cluny. La-bas, elle retrouve son amie Lorette Célestin, veuve Rubens Mathias.