Garihanna Jean-Louis débarque en Haïti à l’âge de 5 ans. « Mes parents étaient fatigués de vivre au Québec, fatigués du froid et du racisme. Ils se sont dits, on prend nos cliques et nos claques et on va investir dans notre pays », raconte celle qui prend naissance à Montréal le 20 septembre 1989. Ce retour au bercail l’enchante. Elle suit ses cours primaires au Collège Classique Féminin (CCF) et en parallèle elle fait du théâtre avec la compagnie Atelier Théâtre Éclosion de Florence Jean-Louis Dupuy. « Déjà à 7 ans, j’étais la plus jeune actrice professionnelle de la compagnie », se rappelle Garihanna qui garde encore jalousement les souvenirs de ses belles performances au Rex Théâtre au Champs de Mars.

L’enfance de cette élève qui sera reçue chez les Sœurs de Sainte Rose de Lima pour les classes secondaires, s’écoule tranquille, douce, « épanouie » pour reprendre ses mots. Entre les livres et les planches de diverses salles de spectacles, elle apprend à aimer son pays, Haïti. Cependant, en 2004, alors qu’elle est à Montréal pour des vacances d’été, sa mère l’appelle. « Elle m’a dit « tu restes » ! », raconte Garihanna Jean-Louis encore marqué par ce souvenir. Ses jérémiades et ses complaintes ne changeront rien à cette décision qui semble sans appel vu le climat d’insécurité qui règne dans le pays à cette époque. Les préparatifs sont vite faits pour que l’adolescente de 15 ans soit scolarisée. Elle termine son secondaire canadien, puis sombre dans une dépression. « Oui à l’école, cela allait bien mais au niveau de l’adaptation familiale… ma famille était quand même en Haïti. Certes mon frère de 22 ans à l’époque prenait soin de moi, mais émotionnellement, je me sentais livrée à moi-même. C’est la première fois de ma vie que j’ai fait une dépression. D’ailleurs on m’a toujours dit que les noirs, surtout les Haïtiens n’en souffraient pas. Ça n’existait pas dans notre langage. Pourtant j’ai perdu tous mes cheveux, j’allais mal. Ma mère a dû rentrer pour comprendre ce qui se passait quand on m’a diagnostiqué », confie Garihanna qui souffre aujourd’hui encore d’alopécie.