Youry Vixamar a des qualificatifs qui lui sied à merveille. « Rebelle » : se dit d’une vraie tête de mule ; obstiné plutôt, pour une journaliste qui se veut indulgente. « Aventurier » : s’applique à ce fils de "bonne famille", qui, après avoir échoué aux examens du bac, envoie balader ses parents pour se diriger tout droit vers l’École nationale des arts (ENARTS) pour apprendre à jouer du tambour. Pour faire court, il suit son instinct. « Conviction » s’attribue aussi à cet adolescent en classe de seconde qui n’avait pas capitulé devant les menaces d’expulsion des responsables du Petit Séminaire Collège Saint-Martial après une altercation avec un gardien de l’école. « C’était lui le coupable et je ne voulais en aucun cas m’excuser pour une faute que je n’avais pas commise. J’ai préféré la sortie alors qu’on était en avril. Donc j’ai été expulsé. », soutient-il, un brin moqueur. Ce qualificatif peut aussi s’employer pour ce jeune homme qui suivait des cours du soir au Collège Canado-Haïtien afin de réussir enfin son baccalauréat, mais qui refusait à tout prix de se défaire de ses dreadlocks. Ses tresses, symbole de ce révolutionnaire qu’il croyait être à l’époque. Sans ambages, il confie : « J’étais jeune et rebelle. J’étais tout aussi attaché à des doctrines, comme celle de Bob Marley. Je me prenais pour un révolutionnaire et pour moi le révolutionnaire s’appropriait un look bien particulier. Je m’attachais à mes dreads et pour rien au monde, je ne m'en débarrasserais à l’époque ». Entre la porte et les ciseaux, il a préféré le premier. Youry Vixamar, de son vrai nom Raoul Junior Vixamar à une nouvelle fois été expulsé d'une école.

Rébellion, aventure et conviction, ces trois mots jalonnent le parcours du musicien. Du moins, c’est ce que ces longues minutes passées avec lui au bout du fil nous laissent comprendre. Les anecdotes à la pelle qu’il nous a sorties pendant toute la durée de l’interview l’ont confirmé: son parcours est digne d’un livre de motivation personnelle. Même son expérience avec le tambour, devenu son instrument de prédilection est une histoire sans précédent. Aujourd'hui encore Youry se souvient : « J’étais en rhéto. Dans une édition de nouvelles sur la télévision nationale d'Haïti (TNH), on présentait un reportage sur l’ENARTS auquel je ne prêtais même pas trop d’attention. Pourtant, il y avait comme quelque chose qui m’attirait quand même. Des jours plus tard, j’assistais à un cours d’anglais à l’école et avec d’autres camarades de la classe on cognait sur les bancs. Le professeur s’est retourné et m’a fixé en disant : pourquoi tu ne te trouves pas un cours de tambour de préférence ? Alors que je n’étais pas le seul à perturber son cours. Sur le coup, le reportage de la TNH m’est revenu. Après mon échec aux examens d’État, je ne voulais absolument pas retourner à l’école. Un matin, tandis qu’on allait m’y inscrire à nouveau, je me suis dit que j’en avais finalement marre. Marre que mes parents multiplient les démarches pour me trouver un établissement scolaire ; marre que les gens me dévisagent. Je suis alors descendu de la voiture. En marchant, le reportage, les paroles du prof d’anglais, tout trottait dans ma tête… J'ai donc pris la direction de l’ENARTS, je me suis inscrit et voilà ».