Soukar plante le lecteur dans l’univers de Sylvain Salnave dont l’acenssion à la présidence et l’exécution sur les ruines fumantes du Palais national ont en commun des fulgurances qui rendent son destin exceptionnel. Le grand écart est mis en mots, de l’ascension au peloton d’exécution commandé par Boisrond Canal, le protagoniste.
 

Le Salnave demi-dieu des masses qui entre en triomphateur sur Port-au-Prince est source de curiosité. Il est observé, déshabillé, pénétré par des « yeux gourmands » qui « expriment un puissant désir de possession, une curiosité inlassable ». En Polaroïd, Soukar ajoute d’autres traits à l’esquisse du personnage central. « En ce temps-là, Sylvain Salnave, la figure ovale, porte bien ses quarante ans, avec ses cheveux soigneux, noirs, courts sans être ras. Ses grands yeux brillent avec des éclairs intermittents sous d’épais sourcils. Une belle moustache en pointe et une barbiche encadrent sa bouche volontaire, sensuelle. Sa sueur miroite quand des flocons de nuages permettent aux rayons du soleil de baigner sa peau de métis ».