On se rencontre dans un restaurant caribéen très prisé dans le sud-est de la Floride. Maquillage soigné, chevelure rouge, lèvres pulpeuses, Georgy est tirée à quatre épingles. Il est 9h45 p.m. L’entretien débute sans tarder. Le reggaeton du resto ne dérange pas, de toute façon on va parler musique avec l’ancienne chanteuse et danseuse du groupe ZIN des années 80 et 90. Quelques instants plus tôt, on était en train de visionner sur la chaîne YouTube une ancienne prestation du groupe, apparemment au bord d’une plage en Haïti. Outre le chanteur Alan Cavé, ce sont deux jeunes danseuses et chanteuses aux côtés de ce dernier qui attirent l’attention. En évoquant ce spectacle, Georgy sourit. « C’était à Kaliko Beach [côte des Arcadins, Ndlr]. Je ne me rappelle plus l’année, mais c’était moi et Maggy Foreste les deux jeunes chanteuses », se remémore-t-elle.
Le compas, la musique dansante haïtienne, a toujours été dominé par des hommes. Georgy Métellus, plus connue sous le nom de Princess Georgy, et Maggy Foreste, sa meilleure amie à l’époque, ont été en quelque sorte les pionnières des femmes chanteuses et danseuses d’un groupe musical de tendance compas. La présence de ces deux jeunes filles aux côtés d’Alan Cavé suscitait une certaine curiosité et faisait l’objet de débats. Surtout qu’il s’agissait de deux adolescentes qui devaient être sur le banc de l’école, « haïtiennement » parlant. Ce ne sont pas tous les parents haïtiens qui accepteraient de livrer leurs adolescentes à un groupe de musiciens qui livre des prestations par-ci par-là, de soirée en soirée. « Mes parents étaient réticents à l’idée au départ, admet Princess Georgy. Ce n’est pas par le fait de chanter sur scène avec un groupe musical, mais d’avoir choisi d’évoluer dans le milieu haïtien alors que j’ai débuté aux Etats-Unis. Ma maman estimait que j’étais assez talentueuse pour le milieu américain. Elle disait que les artistes haïtiens n’étaient pas assez respectés… »






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