Le large chapeau de paille, qu’elle porte sur sa tête, protège difficilement son visage du soleil de plomb qui domine le ciel. Un long sac la ceint, dissimulant sa jupe noir évasée, assortie d’un t-shirt bleu, froissé, épuisé, cachant avec peine son sous-vêtement. Litanne s’assied sur un banc en bois, les pieds séparés du sol humide d’un sac jaunâtre sur lequel sont disposés çà et là des bananes, des avocats et des ignames qu’elle arrange avec ses mains fermes. Il est 11 h 20. Le Marché de Bizoton, situé entre la route des Rails et la route Nationale #2, est en pleine effervescence ce mardi 26 juillet 2022.
À l’entrée sud du marché, le son aigu d’une ferronnerie qui y siège se joint aux voix des marchands qui discutent les prix avec leurs clients, entrecoupés par les vrombissements de moteurs de voitures et de concerts de klaxons. Le tout forme un bruit assourdissant. Litanne doit augmenter l’acuité de sa voix pour se faire entendre. « Il était 14 heures quand on est arrivé hier. On avait quitté Jérémie vers 3 heures 30. L’une des rares fois que le voyage s’est déroulé sans incident », précise la madan sara. « Si les jours sont bons, on repartira dans 48 heures. S’ils sont moins bons, on va devoir attendre quatre ou cinq jours avant de retourner à Jérémie », ajoute-t-elle, la voix fatiguée, les paupières lourdes.






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