Madame Franck Paul, née Marie Marthe Balin, est venue au monde le 19 avril 1936, à Port-au-Prince, sous la présidence de Sténio Vincent. Son père, Léon Balin, est juge. Il est né dans la capitale haïtienne le 23 septembre 1884 ; sa mère, Stela Alma Alexis Étienne, a vu le jour le 27 janvier 1904, à Port-au-Prince, à l’angle des rues Dr Aubry et des Fronts forts. C’était la dernière maison au toit d’ardoise en face de l’ancienne Cathédrale de Port-au-Prince, là où Toussaint Louverture fut consacré gouverneur général à vie de l’île d’Haïti. Alma a été très tôt orpheline de père et de mère, à onze ans.

En cette fin d’après-midi du mois de septembre 2022 qui transfigure le visage de madame Franck Paul, le film de sa vie se déroule devant moi. Assise dans un fauteuil à bascule, au milieu du jardin de sa maison au Canapé-Vert, elle raconte : « Je connaissais ma grand-mère paternelle. Elle s’appelait Clorinde Cazeau, elle était des Cayes et était la fille du conte Cazeau des Quatre chemins sous le deuxième empire de Faustin Soulouque. Je l’ai bien connue, elle a vécu à Port-au-Prince. Elle est morte à 87 ans. Tout juste deux mois avant mon père. Je me souviens qu’elle était très très lente. Mon frère et moi, on allait la chercher chez elle et on devait traverser le Champ de Mars parce qu’elle habitait la rue Lamarre, et nous, la rue Romain, en face du Stadium Vincent. »