Les syndicats des enseignants ne démordent pas. Ils ont maintenu le mot d’ordre de grève le mardi 18 avril. Le ministre de l’Éducation nationale Nesmy Manigat a informé des mesures prises pour désamorcer la crise. Entre autres, le paiement des salaires du mois de mars des enseignants. « Je peux donner la garantie que dans le département de l’Ouest, tous les chèques du mois de mars sont déjà acheminés là où les enseignants doivent pouvoir les récupérer. Pour les autres départements, ils doivent attendre deux ou trois jours le temps que leurs chèques arrivent à destination », a énoncé M. Manigat à la matinale de Magik 9. Il s’est dit conscient des conditions de travail difficiles des enseignants. « j’ai visité plusieurs écoles publiques et privées, j’ai parlé avec des enseignants, les conditions de travail ne sont pas au point. Elles se sont même aggravées avec l’inflation », a admis le ministre. « Ce n'est pas normal qu’ils perçoivent leurs salaires avec deux mois de retard. C’est une situation préoccupante », a-t-il ajouté. 

Quant aux raisons qui pourraient expliquer le retard sur le paiement des salaires des professeurs, Nesmy Manigat a préféré laisser la main au ministère de l’Économie et des Finances. « C’est le ministère de la Finance qui peut répondre à cette question », a-t-il répondu. Si le ministre n’estime pas qu’il devrait avoir un ordre de paiement pour les fonctionnaires publics, il a révélé que le secteur éducatif devait succéder à la Police nationale suivant une convention établie. 

Les revendications des professeurs ne se limitent pas au retard dans la réception des paiements mensuels. Ils exigent un ajustement salarial, la nomination de leurs pairs dans les salles de classe, la rémunération de ceux qui travaillent dans les salles qui n’ont pas encore perçu leur paie, des crédits pour les enseignants, ont-ils rappelé alors qu’ils présentaient, en début d'après-midi, un bilan de la journée de grève de mardi dans une conférence de presse organisée par l’Union nationale des normaliens/normaliennes et éducateurs/éducatrices d’Haïti (UNNOEH). Ils réclament une grille salariale, une assistance psychologique systématique, une assurance santé effective car, disent-ils, les frais y relatifs sont prélevés mensuellement sur leur salaire. 

Nesmy Manigat fait savoir qu’il rencontrera les syndicats des enseignants prochainement au ministère, rappelant au passage que les préoccupations seront satisfaites « dans la limite d'un gouvernement de transition », dans sa lettre ouverte adressée aux enseignants le lundi 17 avril. La résolution de certains problèmes du secteur éducatif, selon le ministre, doit attendre des élus. Par exemple, la question de la grille salariale. Nesmy Manigat promet de mettre « à jour la proposition de 2014  pour que ces dossiers soient prêts et finalisés quand il y aura un Parlement ainsi qu’un gouvernement élus ». 

Le titulaire du MENFP lance un appel à la conscience des enseignants. « Personne n’a intérêt qu’aujourd’hui nous ne sauvons cette année. Les parents ont fait d’énormes sacrifices. C’est une année académique difficile. Il nous reste seulement deux mois et demi environ avant de boucler l’année », a-t-il sensibilisé, soulignant que le ministère ne va pas reculer les échéances des épreuves de la 9e année (17-19 juillet) et celles du baccalauréat ( 31 juillet-3 août). 

En attendant, les enseignants maintiennent le mot d’ordre de grève. Ils se félicitent du fait que le mot d'ordre soit respecté dans tout le pays pendant les deux premiers jours. Ils demandent aux professeurs de faire front commun jusqu’à ce qu’ils aient gain de cause. 

Le 17 avril, dans la ville du Cap-Haïtien, un jeune vendeur de téléphones portables a été tué par balle et plusieurs lycéens sont sortis blessés. Ceux-ci réclamaient la présence d'enseignants dans les salles de classe.