Des mesures judiciaires inattendues sont prises cette semaine. La presse annonce une ordonnance du juge instructeur Marthel Jean-Claude épinglant les anciens sénateurs Youri Latortue et Joseph Lambert dans un dossier de corruption et d’obstruction à la justice lors de leur dernier passage au Sénat de la République.
La presse annonce aussi un mandat d’amener du juge d’instruction Jean Wilner Morin contre l’ancien directeur du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, Fednel Monchery, soupçonné d’avoir joué un rôle clef dans le massacre de La Saline sous la présidence de Jovenel Moïse. On sait déjà que la directrice générale de la Caisse d’Assistance sociale (CAS) est emprisonnée pour détournement de fonds publics. Pour une fois, peut-on espérer voir l’aboutissement de quelques-unes des multiples enquêtes menées par l’Unité de lutte contre la corruption? Trop tôt pour le dire.
Ici, il est de coutume que des mandats judiciaires ne soient jamais exécutés, que des ordonnances pourrissent dans les tiroirs, que des juges soient boycottés et persécutés quand ils choisissent de toucher à des intouchables, que des hommes et des femmes politiques entravent le travail de la justice…Ce sont ces d’obstacles qui affaiblissent la justice et réduisent à néant l’autorité des autorités judiciaires. A cela, il faut bien sûr ajouter les problèmes inhérents au système judiciaire tels la corruption endémique, les grèves illimitées à répétition. De quoi contribuer à donner des ailes à l’impunité qui s’érige en système chez nous.
Les décisions judiciaires annoncées cette semaine sont-elles le début d’un réveil du système judiciaire ou le début d’une fin de règne ?
En attendant la réponse, on doit noter que la justice haïtienne est dans l’actualité cette semaine non pas pour des scandales ou à cause d’un coup de pouce à l’impunité, mais pour des décisions rarissimes. Ce serait de bonne guerre si cette justice qui doit jouer un rôle de premier plan dans le relèvement du pays commence à sortir la tête de l’eau. Il est illusoire de croire qu’on peut combattre la corruption, l’insécurité et d’autres maux qui rongent la société sans une justice aux yeux bandés et à la main ferme.
A côté de la justice, le Canada est présent dans l’actualité haïtienne pour ses annonces parfois surprenantes. La semaine dernière, c’était l’établissement d’un bureau en République dominicaine pour aider au renforcement de la police nationale d’Haïti. Ce vendredi, ce sont des sanctions contre l’homme d’affaires André Apaid et les chefs de gangs Lanmò Sanjou, Vitel’Homme Innocent et Johnson André (alias Izo, NDLR).
La liste de sanctions canadiennes s’allonge alors que l’ONU qui a initié un mécanisme similaire continue de jouer à la prudence. Il n’y a qu’une seule personne jusqu’ici sur la liste onusienne. Les Etats-Unis quant à eux marchent sur des œufs dans ce dossier alors que les Haïtiens se demandent avec raison à quoi servent les sanctions.
Les sanctions canadiennes qui touchent plusieurs catégories de citoyens de la société haïtienne pourraient être un pas dans la bonne direction en matière de lutte contre l’impunité. Cela exigerait que la justice haïtienne soit renforcée et équipée pour donner suite aux graves accusations qui pèsent sur nos compatriotes se trouvant sur les listes des sanctions canadienne, américaine et dominicaine.





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