Je suis dans une camionnette et il y a beaucoup de bruit, comme d'habitude. Port-au-Prince est une ville mouvementée. Il n'y a jamais de silence. Le bruit est partout. C'est une ville de bruit et de fureur. Je lis un roman de Mario Vargas Llosa dans cette camionnette. Je passe mes journées les yeux rivés sur les pages. À la tombée de la nuit, mon corps n'arrive pas à supporter la fatigue. Lire est un sport. Mes jambes, mes bras, mes yeux sont épuisés. Parfois je n'arrive pas à laisser les livres tomber comme ça après une phrase ou un joli mot. Je lis comme on déambule dans un désert. On pense comment on va retrouver quelque chose de génial qui peut nous éblouir. On attend la beauté. Je marche dans le livre. Je sirote les phrases. Je ris à moi-même comme un fou de papier. Parfois je laisse tomber le livre pour regarder par la fenêtre. Je n'aime pas lire sans regarder par la fenêtre. Ça m'inspire à avancer. Il n'y a rien de plus réjouissant de lire en regardant par la fenêtre où un ciel bleu limpide se voit. Lire est une expérience personnelle, presque intime. Derrière chaque phrase, chaque dialogue, se cachent des idées, des émotions et des réflexions. Tout ce que nous lisons n’est pas toujours exprimé directement. Les auteurs, souvent, laissent des indices que seuls les lecteurs attentifs pourront capter. Par exemple, dans les descriptions ou les dialogues, un mot choisi avec soin peut changer totalement le sens d'une scène. Un silence entre deux personnages peut en dire long sur leur relation.

Ce que nous apprenons à faire, en tant que lecteurs, c'est interpréter. Ce n'est pas juste suivre l'intrigue, mais comprendre ce qui se passe en dessous. C’est là que la lecture devient plus riche et plus profonde. Quand nous lisons, nous ne sommes pas de simples spectateurs. Chaque lecteur crée son propre univers à partir des mots de l'auteur. Un personnage décrit en quelques lignes prend vie dans notre esprit avec des traits, des gestes, une voix. Un paysage devient un lieu réel, avec ses couleurs et ses sons.