Intransigeant dans ses convictions et très assuré dans ses choix politiques, l'ancien Premier ministre Rosny Smarth (27 février 1996-20 octobre 1997) sous la présidence de René Préval est décédé dans l'après-midi du 15 janvier 2025. Né à Cavaillon ( Sud d'Haïti) le 19 octobre 1940 dans une famille très pieuse, cet universitaire diplômé d'agronomie au Chili qui fut membre du comité travaillant sur la réforme agraire du président chilien Salvador Allende représentait, à mes yeux, un Juste, c'est-à-dire un politique marqué du sceau de la rectitude, d'une rare exemplarité dans notre pays si riche en bandits à cravate et à sapate, en d'autres termes, en cannibales. S'il fut un professeur remarquable, un expert onusien peu connu et un technocrate engagé, issu de l'OPL, on a souvent réduit la cible des Lavalassiens et des anti-néolibéraux à son intransigeance inébranlable par rapport à la demande (sans succès) d'annulation du premier tour des élections sénatoriales contestées tenues le 6 avril 1997. En tant que témoin privilégié, lors de cette crise post-électorale sur fond de lutte de pouvoir, j'ai rencontré plusieurs fois le Premier ministre Rosny Smarth alors que je travaillais au Cabinet particulier du président René Préval dans le service de communication coiffé par Choiseul Henriquez.

Si fascinante que soit son image d'homme d'Etat et d'esprit supérieur, on ne peut réduire Rosny Smarth à cette lutte inter-lavalassienne tant le bien commun, les valeurs patriotiques  comme l'éthique, le respect des deniers publics l'obsédaient, contrairement à bon nombre de ses prédécesseurs et successeurs, corrompus et indigents. Un trait rare, une marque de fabrique rare chez ses contemporains, et qui explique, pour ma part,  sa singularité, sa grandeur d'âme. Qui peut aujourd'hui dire le contraire ? Qui peut-on maintenant citer en exemple ?Précautionneux et modeste, il restait très attaché à son franc-parler coutumier, à sa gentillesse et à sa lucidité, malgré les privilèges du pouvoir et tout le reste. En privé comme sur la scène politique, même calme plat, même sens du dialogue, même regard direct affinant l'expression mobile, vive, attentive. S'il n'était pas, à proprement parler, un politicien, un magouilleur, il n'en demeurait pas moins attentif aux rapports de forces, aux enjeux stratégiques de pouvoir, et à ce que la société haïtienne a, depuis sa naissance, de mortifère et de sordide.