Lors de son voyage en Europe, au cours d’une interview avec la presse française, le président du Conseil Présidentiel de Transition, Leslie Voltaire, a lâché une série de scoops. 

Mi-mai 2025 au plus tard aura lieu le référendum sur la nouvelle constitution. En novembre, le premier tour des élections générales et, en janvier 2026, le deuxième tour. 

Dans le monde merveilleux où évolue le président, dans lequel tout va bien, les nouvelles autorités élues seront installées le 7 février 2026. 

Ces annonces du président du CPT sont tout au moins un impair, tout au plus une faute. Il revient au Conseil Électoral Provisoire de fixer la date des élections et de divulguer le calendrier. Comme il lui revient de proclamer les résultats. 

Cet acquis de la constitution de 1987 est-il, comme tant d’autres, jeté aux orties ? 

Autres révélations du président Voltaire : les élections n’auront pas lieu sur tout le territoire, il est prévu de faire voter la diaspora et - prédiction surprise - on fera mieux que les 600 000 mille votants des dernières élections qui ont vu la victoire de Jovenel Moïse. Cette fois, le pays dispose de 7 millions de votants.

Comme pour les dates, on se demande quelle disposition légale permet au  président du CPT de s’exprimer sur ces aspects du processus électoral, d’où proviennent les statistiques qu’il a partagé ainsi que ses projections ? 

Le texte de la nouvelle constitution est-il déjà rédigé et adopté pour élargir le droit de vote ? Comment pourront voter nos compatriotes pourchassés en République dominicaine ou aux USA, les deux plus grandes communautés de la diaspora ?

Le Conseil électoral provisoire a-t-il déjà délimité les territoires sûrs et stables où peuvent se tenir des élections ?

Sans tout ou partie des départements de l’Ouest et de l’Artibonite, les plus peuplés du pays, où va-t-on trouver les 7 millions d'électeurs ?

On pourrait aussi souligner que lors des dernières élections tenues dans le pays, la population pouvait circuler librement sur tout le territoire et moins de 20% des électeurs inscrits sur les listes avaient fait le déplacement aux urnes. Qu’en sera-t-il en mai ou en novembre prochain ?

En fait, les élections ne réussissent pas parce qu’il y a un texte qui les régit et appelle le peuple en ses comices, elles ne réussissent pas parce qu’il y a une organisation et des moyens sécuritaires, logistiques ou financiers, les élections ne réussissent pas parce qu’un exécutif le souhaite… 

Une élection est avant tout l’affaire des candidats, des partis politiques, d’idées, de programmes, de promesses, d’offres qui constituent des incitatifs et laissent entrevoir des changements susceptibles d'améliorer la vie des gens. L’état d’esprit est important, il faut solliciter les électeurs, les convaincre qu’ils sont au cœur du jeu. 

L’ingérence électorale du président Leslie Voltaire laisse de marbre, comme la dernière déclaration du Premier ministre Ariel Henry qui avait promis à la Caricom des élections générales pour août 2025. Plus que des oukases, les élections ont besoin de conditions particulières pour ne pas s’achever en bain de sang, en vaste magouille ou en grosse déconvenue, comme ce fut le cas si souvent ces dernières décennies.