J’ai toujours eu le sentiment que Frankétienne n’avait jamais en réalité reçu de l’État haïtien l’équivalent en considération pour tout ce qu’il a fait pour Haïti. Il n’aurait pas accepté que l’État soit son débiteur vitam aeternam, mais je crois que lui donner une place dans une politique à l’échelle nationale qui vise à améliorer le statut de l’artiste lui aurait évité bien de tourments.

J’ai rencontré Frankétienne à un moment où il se demandait quel nouveau livre il allait publier après RapJazz, son ouvrage qui m’a le plus marqué. Le mystique qu’il était devenu était doué d'une capacité pour interpréter en profondeur tout un éventail de concepts littéraires et attester la viabilité de ses propos. Sa grande culture était résolument un atout pour s'épanouir dans le champ d'une discussion intellectuelle avec lui. La lumière pénétrante de l'esprit de Franck m'éclairait sur des questions fondamentales de la vie. Avec Frankétienne, c'était un bonheur de s'ouvrir sur les questions liées à la vie, la politique, l'engagement citoyen et toute une panoplie de sujets qui élèvent l'esprit. Au sortir d'une discussion avec cet homme de l'art, on se sentait plus intelligent.