J’ai animé ce dimanche une causerie avec la romancière Margaret Papillon sur sa carrière d’écrivain. Les participants étaient en majorité des jeunes qui rêvent de refaire le monde. Je me souviens de cette phrase d’Émile Ollivier dans le livre de Jean Jonassaint sur l’exil, où il raconte qu’il y a des gens qui ont une fortune, une voiture luxueuse ou une belle maison ; lui, il n’a que les mots. Ces jeunes n’ont que les mots et quelques bribes de rêves. Ces rencontres sont importantes parce qu’elles leur permettent de faire des provisions de doutes pour écrire. Quand on est jeune comme ça, on écrit parfois avec la prétention d’être le prochain Flaubert ou Baudelaire. Lorsque je travaillais à la bibliothèque municipale de Tabarre, un jeune poète m’a remis son dernier recueil avec enthousiasme. Au départ, la voix assurée, il a lâché cette phrase : « J’ai fait dans ce livre ce qu’aucun poète haïtien n’a encore fait, c’est un régal. » Il est rare que le génie découvre son propre talent. Le talent est une chose cachée, c’est l’autre qui doit le découvrir. On peut découvrir sa potentialité, pas son talent.
On peut dire je suis né pour ne rien faire d’autre qu’écrire, comme Aznavour, qui a persévéré jusqu’au bout. Le film Monsieur Aznavour nous donne à voir un homme qui n’a jamais renoncé. L’une des premières scènes de Un parfait inconnu, James Mangold montre Robert Zimmerman (Bob Dylan) qui rend visite à Woody Guthrie à l’hôpital. Il lui chante une de ses compositions. Aujourd’hui, Bob Dylan est le seul auteur-compositeur à avoir reçu le prix Nobel de littérature. Peut-être que s’il pensait qu’il était un génie, il aurait passé sa vie dans une petite ville de l'Amérique sans rien faire. On n’aurait jamais eu Blood on the Tracks, Blonde on Blonde, Bringing It All Back Home… Ces deux films nous montrent avec brio combien le regard ou la parole de l’autre sont importants pour grandir. Que serait Aznavour sans Édith Piaf ?






Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.