Il y a plusieurs moyens de visiter une ville : à travers un film, une photographie, un documentaire, un livre, un poème. En poésie, la ville est toujours plus vivante, parce que le poète est à l’écoute du monde. Quel lecteur de Pessoa ne connaît pas Lisbonne ? Quand on visite une ville par le biais d’un poème, on y entre avec ferveur, on écoute sa rumeur, ses chuchotements. On entend son souffle et son horizon est là devant nous. On respire son odeur. On la regarde dans les yeux, dans chaque mot, dans la musicalité du poème, dans chaque rythme. Le poète Émile Verhaeren a consacré une bonne partie de son œuvre aux villes, d’ailleurs chaque fois qu’on regarde la mer, on pense à son vers célèbre : toute la mer va vers la ville.
Jonas Jolivert vient de publier Amen ainsi fut-elle chez les Éditions de la Rosée avec une préface du poète et éditeur Selmy Accilien. Ce n’est pas une poésie qui va simplement vers la ville ou qui y déambule sans destination. Non. Elle s’y installe. Elle capte le chant, le visage des humains, la misère et l’espoir, pour nous avouer comme René Char qu’au milieu du chaos, il y a un oiseau inconnu. Il y a ce geste d’amour. Il y a ces images surréalistes qui nous donnent à voir une ville où l’ombre triomphe de nos rires. Son ambition est grande : une poésie qui parle de la ville, qui l’habite, mais qui parfois s’en détache. Qui se demande ce que les hommes ont fait de celle-ci. Le poète regarde cet horizon, parfois de loin, avec chagrin. Il revendique une place pour la beauté, pour l’humain. Il nous faut de la tendresse, en urgence. Il faut briser cette haine qui ronge la ville du poète.






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