S’il faut être rebelle pour défendre son identité et ses valeurs culturelles, alors « une rebelle », c’est cela que Suze M. Mathieu veut incarner. Avec Depi nan Ginen nèg renmen nèg, elle prend volontairement le contre-pied du discours dominant, afin d’insuffler un souffle nouveau à une langue souvent « dévalorisée ». Elle l’affirme dès les premières pages : « Ekri liv sa, ki se yon liv syantifik, an kreyòl ayisyen te yon fason pou bay lang, ak moun ki gen lang sa kòm lang manman yo, plis valè. »

Ce mépris du créole, l’auteure le dénonce sans ambiguïté, tout en en retraçant les origines. Selon elle, il s’agit de l’héritage direct des siècles de domination coloniale et d’esclavage, dont les séquelles, encore vivaces, continuent de façonner l’imaginaire collectif. Depi nan Ginen nèg renmen nèg s’inscrit donc dans une logique de décolonisation mentale. Il se veut un instrument de libération pour un peuple pris au piège du rejet de soi. Ce mal, enraciné profondément, s’est transmis de génération en génération sans perdre de sa force destructrice. Suze M. Mathieu entend le combattre avec vigueur, n’hésitant pas à adresser une critique virulente au christianisme (catholique et protestant) qu’elle considère comme un vecteur persistant des valeurs coloniales.