Je vous écris dans la solitude d’une petite chambre en Amérique du Nord. J’écoute « Dèy », mon morceau préféré de Toto Bissainthe. C’est un peu ironique d’écouter cette chanson dans une chambre obscure, avec une humeur pas très gaie. Autour de moi, des livres : romans, poésies, nouvelles. Ce que je lis, ce que je ne lirai jamais, ce que je n’ouvrirai sans doute pas du tout. C’est une drôle de liberté, acheter des livres qu'on n'a aucune envie de lire. Il y a des lecteurs très possessifs. Ils ont besoin d’avoir l’assurance que le livre est là, même s’ils ne le liront pas tout de suite.
Je connais plusieurs grands liseurs comme ça. Le professeur Hérold Toussaint peut vous dire exactement où se trouvent tous ses livres qui ne sont pas sur les étagères de sa grande bibliothèque à Port-au-Prince. Robert Berrouët-Oriol n'aime pas trop ça. Il a toujours besoin de ces livres. Si vous lui demandez de vous prêter le dernier d’Émile Ollivier, il dira non, catégoriquement, tout sec. Mais si vous insistez, il finira par céder. C’est un excellent passeur. Arnold Antonin, lui, ne voit aucun problème à vous passer un livre. Umberto Eco surtout, ou du moins les latinos. Bahia de tous les saints. Sauf qu’il peut vous appeler quelques jours plus tard pour vous demander si vous n’auriez pas le livre… qu’il vous a lui-même prêté. C’est un bon lecteur. J’ai toujours pensé que mon ami avait tout lu. Parfois, je me demande pourquoi il débarque d’Argentine avec autant de livres dans sa valise. Pourquoi il lit encore. La lecture est une maladie qu'on attrape dans la douceur d'une phrase, la musique d'un poème. Il n'y a pas de remède pour guérir.






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