Suis-je le seul à me poser cette question ? Le seul à m’interroger sur le sort de ces enfants que nous avons tous, à un moment ou un autre, croisés sur les trottoirs poussiéreux ou dans les interminables embouteillages de l'autoroute de Delmas ? Ceux qui, les mains tendues, quémandaient un billet, un regard, un geste. Ceux qui se pressaient contre les vitres des voitures privées ou grimpaient à la hâte dans les camionnettes pour vendre quelques friandises, un sachet d’eau, ou simplement un sourire triste. Ils faisaient partie du décor bruyant et chaotique de la capitale, comme les klaxons impatients, les tap-taps débordants et les cris des marchands ambulants. Leur présence nous dérangeait parfois, nous mettait mal à l’aise, mais elle nous rappelait, malgré nous, l’étendue de notre indifférence collective.
Avant que certaines zones de la capitale ne soient entièrement occupées par des groupes armés, leur présence faisait presque partie du décor urbain. Ils étaient des dizaines, parfois des centaines, visibles, bruyants, dérangeants même, mais bel et bien là. Aujourd’hui, quelque chose a changé. Ces enfants ont disparu. Leur absence est presque silencieuse, leur nombre a dramatiquement chuté. Ils ont disparu. Et personne ne semble s’en soucier.






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